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Narrateur : Alain Couchot
"En ce moment, une sourde détonation se fit entendre. Je regardai le capitaine. Le capitaine ne bougea pas.
« Capitaine ? » dis-je.
Il ne répondit pas.
Je le quittai et montai sur la plate-forme. Conseil et le Canadien m’y avaient précédé.
« D’où vient cette détonation ? demandai-je.
— Un coup de canon, » répondit Ned Land.
Je regardai dans la direction du navire que j’avais aperçu. Il s’était rapproché du Nautilus et l’on voyait qu’il forçait de vapeur. Six milles le séparaient de nous." 20000 lieues sous les mers. Partie 2. Chapitre 20. Par 47 °24 ' de latitude et 17°28' de longitude.
06/10/2026 | 20 minProposé par audiolivres.com
Narrateur : Alain Couchot
"À la suite de cette tempête, nous avions été rejetés dans l’est. Tout espoir de s’évader sur les atterrages de New York ou du Saint-Laurent s’évanouissait. Le pauvre Ned, désespéré, s’isola comme le capitaine Nemo. Conseil et moi, nous ne nous quittions plus.
J’ai dit que le Nautilus s’était écarté dans l’est. J’aurais dû dire, plus exactement, dans le nord-est. Pendant quelques jours, il erra tantôt à la surface des flots, tantôt au-dessous, au milieu de ces brumes si redoutables aux navigateurs. Elles sont principalement dues à la fonte des glaces, qui entretient une extrême humidité dans l’atmosphère. Que de navires perdus dans ces parages, lorsqu’ils allaient reconnaître les feux incertains de la côte ! Que de sinistres dus à ces brouillards opaques ! Que de chocs sur ces écueils dont le ressac est éteint par le bruit du vent ! Que de collisions entre les bâtiments, malgré leurs feux de position, malgré les avertissements de leurs sifflets et de leurs cloches d’alarme !"- Narrateur : Alain Couchot
Proposé par audiolude.fr
"Cette terrible scène du 20 avril, aucun de nous ne pourra jamais l’oublier. Je l’ai écrite sous l’impression d’une émotion violente. Depuis, j’en ai revu le récit. Je l’ai lu à Conseil et au Canadien. Ils l’ont trouvé exact comme fait, mais insuffisant comme effet. Pour peindre de pareils tableaux, il faudrait la plume du plus illustre de nos poètes, l’auteur des Travailleurs de la Mer.
J’ai dit que le capitaine Nemo pleurait en regardant les flots. Sa douleur fut immense. C’était le second compagnon qu’il perdait depuis notre arrivée à bord. Et quelle mort ! Cet ami, écrasé, étouffé, brisé par le formidable bras d’un poulpe, broyé sous ses mandibules de fer, ne devait pas reposer avec ses compagnons dans les paisibles eaux du cimetière de corail !
Pour moi, au milieu de cette lutte, c’était ce cri de désespoir poussé par l’infortuné qui m’avait déchiré le cœur. Ce pauvre Français, oubliant son langage de convention, s’était repris à parler la langue de son pays et de sa mère, pour jeter un suprême appel ! Parmi cet équipage du Nautilus, associé de corps et d’âme au capitaine Nemo, fuyant comme lui le contact des hommes, j’avais donc un compatriote ! Était-il seul à représenter la France dans cette mystérieuse association, évidemment composée d’individus de nationalités diverses ? C’était encore un de ces insolubles problèmes qui se dressaient sans cesse devant mon esprit !" - Proposé par audiolude.fr
Narrateur : Alain Couchot
"Pendant quelques jours, le Nautilus s’écarta constamment de la côte américaine. Il ne voulait pas, évidemment, fréquenter les flots du golfe du Mexique ou de la mer des Antilles. Cependant, l’eau n’eût pas manqué sous sa quille, puisque la profondeur moyenne de ces mers est de dix-huit cents mètres ; mais, probablement ces parages, semés d’îles et sillonnés de steamers, ne convenaient pas au capitaine Nemo.
Le 16 avril, nous eûmes connaissance de la Martinique et de la Guadeloupe, à une distance de trente milles environ. J’aperçus un instant leurs pitons élevés.
Le Canadien, qui comptait mettre ses projets à exécution dans le golfe, soit en gagnant une terre, soit en accostant un des nombreux bateaux qui font le cabotage d’une île à l’autre, fut très-décontenancé. La fuite eût été très praticable si Ned Land fût parvenu à s’emparer du canot à l’insu du capitaine. Mais en plein Océan, il ne fallait plus y songer.
Le Canadien, Conseil et moi, nous eûmes une assez longue conversation à ce sujet. Depuis six mois nous étions prisonniers à bord du Nautilus. Nous avions fait dix-sept mille lieues, et, comme le disait Ned Land, il n’y avait pas de raison pour que cela finît. Il me fit donc une proposition à laquelle je ne m’attendais pas. Ce fut de poser catégoriquement cette question au capitaine Nemo : Le capitaine comptait-il nous garder indéfiniment à son bord ?" - Narrateur : Alain Couchot
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"omment étais-je sur la plate-forme, je ne saurais le dire. Peut-être le Canadien m’y avait-il transporté. Mais je respirais, je humais l’air vivifiant de la mer. Mes deux compagnons s’enivraient près de moi de ces fraîches molécules. Les malheureux, trop longtemps privés de nourriture, ne peuvent se jeter inconsidérément sur les premiers aliments qu’on leur présente. Nous, au contraire, nous n’avions pas à nous modérer, nous pouvions aspirer à pleins poumons les atomes de cette atmosphère, et c’était la brise, la brise elle-même qui nous versait cette voluptueuse ivresse !Je respirais.
« Ah ! faisait Conseil, que c’est bon, l’oxygène ! Que monsieur ne craigne pas de respirer. Il y en a pour tout le monde. »
Quant à Ned Land, il ne parlait pas, mais il ouvrait des mâchoires à effrayer un requin. Et quelles puissantes aspirations ! Le Canadien « tirait » comme un poêle en pleine combustion.
Les forces nous revinrent promptement, et, lorsque je regardai autour de moi, je vis que nous étions seuls sur la plate-forme. Aucun homme de l’équipage. Pas même le capitaine Nemo. Les étranges marins du Nautilus se contentaient de l’air qui circulait à l’intérieur. Aucun n’était venu se délecter en pleine atmosphère.
Les premières paroles que je prononçai furent des paroles de remerciements et de gratitude pour mes deux compagnons. Ned et Conseil avaient prolongé mon existence pendant les dernières heures de cette longue agonie. Toute ma reconnaissance ne pouvait payer trop un tel dévouement.
« Bon ! monsieur le professeur, me répondit Ned Land, cela ne vaut pas la peine d’en parler ! Quel mérite avons-nous eu à cela ? Aucun. Ce n’était qu’une question d’arithmétique. Votre existence valait plus que la nôtre. Donc il fallait la conserver.
— Non, Ned, repondis-je, elle ne valait pas plus. Personne n’est supérieur à un homme généreux et bon, et vous l’êtes !"
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