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Gregory Pouy
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    [Moment] Le célibat n'est pas un échec, c'est une position neutre avec Laurent Bastide

    09/07/2026 | 8 min
    Lauren Bastide, journaliste, autrice et fondatrice du podcast Folie Douce et du livre "enfin seule". Dans cet moment qui est extrait d'un épisode plus long, nous parlons du célibat, de ce mot qu'on emploie sans trop savoir ce qu'il désigne vraiment, et de la pression bien plus forte qu'il fait peser sur les femmes que sur les hommes. J'ai questionné Lauren sur son dernier livre, Enfin seule (Allary Éditions, 2025), où elle raconte comment elle en est venue à transformer sa solitude en territoire de liberté plutôt qu'en échec à réparer. On remonte ensemble aux couvents du Moyen Âge, aux sorcières brûlées, à la vieille fille de Balzac, jusqu'aux applications de suivi de cycle utilisées aujourd'hui contre les femmes dans certains États américains. Une conversation sur la surveillance des corps féminins, hier et maintenant.

    Citations marquantes
    « Le célibat, c'est pas une position -1, c'est une position 0. »
    « Ce mot célibataire, je l'ai un peu fait tourner dans ma bouche pendant l'écriture du livre. Je ne vois pas à quoi ça fait référence, au fond. »
    « Un homme seul, ça va tout de suite renvoyer à un imaginaire d'artiste, de philosophe, d'ermite, de leader charismatique. Les femmes, dans leur solitude, vont être renvoyées à leur vie sexuelle et familiale. »
    « C'est vraiment les utérus des femmes qu'on a maintenus sous surveillance. »
    « Tu peux avoir le droit et avoir la possibilité, c'est deux choses différentes. »
    Idées centrales discutées
    Le célibat comme position neutre, pas comme manque : redéfinir le célibat non pas comme l'absence de quelque chose, mais comme un point de départ neutre à partir duquel une relation peut apporter du bon ou du mauvais. Ça déplace la pression sociale qui pèse sur les personnes seules. [00:00-01:00]
    Un mot flou hérité du droit canon : "célibataire" ne voulait à l'origine dire qu'une chose, ne pas être marié. Le mot a fini par recouvrir des réalités très différentes (ados sans amoureux, femme de 40 ans avec une vie amoureuse active), ce qui montre à quel point il ne dit plus rien de précis sur la vie réelle des gens. [00:52-02:09]
    Une injonction genrée au couple : la solitude masculine est associée à la créativité et à la pensée (l'ermite, le philosophe), la solitude féminine à un échec personnel. Cette asymétrie n'est pas un hasard mais le résultat d'une construction sociale longue. [02:09-02:30]
    La surveillance historique des utérus : mariage, couvents, procès en sorcellerie, la figure de la vieille fille chez Balzac, autant de dispositifs qui ont organisé, sur des siècles, le contrôle de la capacité reproductive des femmes. [02:30-04:59]
    Le soulagement de ne plus être surveillée : Lauren raconte comment le sentiment le plus fort de sa solitude choisie n'était pas la liberté en général, mais l'absence concrète de regard et de normes sur son corps et son comportement (la posture, le poids, le ton). [04:59-06:01]
    La surveillance numérique des cycles menstruels : les applications de suivi de règles, pensées comme des outils d'autonomie, deviennent des sources de données exploitables contre les femmes dans les États américains qui ont restreint l'accès à l'avortement. [06:01-06:52]
    Droit formel contre accès réel : en France comme en Italie, la clause de conscience permet à un médecin de refuser de pratiquer un avortement. La différence entre les deux pays, selon Lauren, tient au nombre de médecins qui l'invoquent. [07:29-08:00]
    Questions posées dans l'interview
    Que veut vraiment dire le mot "célibataire" aujourd'hui ?
    Pourquoi ce mot a-t-il fini par désigner des situations aussi différentes ?
    Pourquoi l'injonction au couple pèse-t-elle plus sur les femmes que sur les hommes ?
    Que représente une femme seule dans l'imaginaire collectif, comparé à un homme seul ?
    D'où vient historiquement cette surveillance des femmes ?
    Quel rôle le mariage et le couvent ont-ils joué dans ce contrôle ?
    Qu'est-ce que la figure de la vieille fille de Balzac raconte de notre époque ?
    Qu'est-ce qui a changé, ou pas, depuis les procès en sorcellerie ?
    En quoi les applications de suivi de cycle posent-elles un problème politique ?
    Quelle différence entre avoir un droit et pouvoir réellement l'exercer ?
    Références citées
    Enfin seule, Lauren Bastide, Allary Éditions, 2025 (le livre à l'origine de l'épisode)
    Balzac, la figure de la vieille fille dans son œuvre [04:05]
    Bridget Jones, citée en écho à la vieille fille balzacienne [04:05]
    INSEE, définition statistique du célibat [00:52]
    Administrations américaines et usage des données de cycle menstruel sous l'ère Trump [06:01-06:52]
    Droit à l'avortement en Italie et clause de conscience médicale [07:29-08:00]
    Droit à l'avortement en France et clause de conscience médicale [07:50-08:00]
    Timestamps clés
    00:00 : Le célibat comme position 0, pas comme un manque.
    00:52 : D'où vient le mot "célibataire" et pourquoi il ne veut plus dire grand-chose de précis.
    02:09 : Pourquoi l'injonction au couple touche bien plus les femmes que les hommes.
    02:30 : Femme seule contre homme seul, deux imaginaires opposés.
    03:24 : Mariage, couvent, sorcières, une histoire de surveillance des utérus.
    04:59 : Ce que "surveillance" veut vraiment dire au quotidien pour une femme.
    06:01 : Les applications de règles récupérées contre les femmes aux États-Unis.
    07:29 : Droit à l'avortement, la différence entre l'avoir sur le papier et pouvoir en bénéficier.

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    #402 Pourquoi l'eau est le plus grand enjeu du XXIᵉ siècle avec Simon Porcher

    07/07/2026 | 1 h 2 min
    Simon Porcher est économiste et il vient de publier "Nous sommes faits d'eau", un livre qui part d'un paradoxe intéressant à savoir que même si l'eau est rare, mais elle ne coûte presque rien et par conséquent, c'est impossible pour nous de le réaliser. Dans cet épisode, nous parlons de tout ce qui touche à l'eau, du plus intime (peut-on boire l'eau du robinet sans risque, faut-il un filtre, l'eau chaude est-elle dangereuse) au plus vertigineux (pourquoi les grands lacs du monde rétrécissent, comment des États s'accusent de voler la pluie de leurs voisins, pourquoi l'eau pourrait devenir la ressource géopolitique du siècle qui vient).
    J'ai questionné Simon sur les fausses bonnes idées autour de l'eau en bouteille, sur les méga-bassines et leur effet rebond, sur le cycle de l'eau qui se dérègle avec le climat, et sur ce qu'on appelle l'empreinte eau, celle qu'on porte sans le savoir dans chaque jean, chaque verre de vin, chaque steak. On termine sur une question toute simple que personne ne se pose jamais : pourquoi n'existe-t-il aucune gouvernance mondiale dédiée à l'eau, alors que tout le monde a soif ?
    Un épisode dense, parfois inquiétant, mais qui donne surtout envie de regarder l'eau qui coule du robinet avec un peu plus de respect.

    Citations marquantes
    "L'eau du robinet, c'est le produit alimentaire le plus contrôlé en France."
    "Si l'eau a un goût de chlore, c'est justement qu'elle a été bien désinfectée."
    "Il y a toujours la même quantité d'eau sur la planète. On boit la même eau que les dinosaures."
    "Les méga-bassines, ça retire l'idée de l'eau comme un bien commun."
    "Cette eau, y compris l'eau de la Seine, quelque part, on finit par la boire."
    Idées centrales discutées
    L'eau potable ne représente presque rien sur Terre. Sur toute l'eau de la planète, 2,5 % seulement est douce, et sur cette part, moins de 1 % se trouve dans les rivières et les lacs, le reste étant coincé dans les glaciers ou les nappes profondes. Ça remet en perspective l'idée qu'on se fait d'une ressource abondante. Timestamp : ~00:45:00.
    Le mythe du filtre et de la bouteille. Un filtre Brita retire le goût du chlore mais ne protège pas contre les PFAS ni les microplastiques, et un filtre mal changé devient pire que l'eau brute. L'eau en bouteille, elle, contient aussi des polluants, parfois des traces d'excréments qui ont mené à la destruction de lots entiers. Timestamp : ~00:07:15 à 00:09:50.
    Le cycle de l'eau s'est dérégle avec le climat. La quantité d'eau sur Terre ne change pas, mais sa répartition dans le temps oui : plus de sécheresses en hiver, plus d'inondations au printemps, des sols trop secs qui n'absorbent plus rien. D'où l'idée de "villes éponges" capables de stocker l'eau de pluie au lieu de la laisser ruisseler vers les fleuves. Timestamp : ~00:22:00 à 00:28:40.
    Les méga-bassines, une adaptation qui n'en est pas vraiment une. Elles permettent de puiser l'eau en hiver pour irriguer en été, mais elles créent un effet rebond : les agriculteurs continuent à cultiver comme si l'eau était infinie, sans jamais s'adapter vraiment au climat qui change. Timestamp : ~00:34:55 à 00:38:44.
    L'eau devient un instrument géopolitique. Ensemencement des nuages pour voler la pluie du voisin, usines de dessalement bombardées, coupures d'eau utilisées comme armes en période de conflit : l'eau entre dans les mêmes logiques de pouvoir que le pétrole. Timestamp : ~00:41:51 à 00:53:20.
    L'empreinte eau se cache dans tout ce qu'on consomme. Un jean, c'est 10 000 litres d'eau. Un Français consomme entre 4000 et 5000 litres par jour, 90 % via son alimentation. Manger moins de viande reste le levier le plus direct pour réduire cette empreinte. Timestamp : ~00:53:44 à 00:54:36.
    Il n'existe aucune gouvernance mondiale de l'eau. Il y a une COP climat, une COP biodiversité, mais rien d'équivalent pour l'eau douce, ni de GIEC dédié. Simon Porcher plaide pour une consultation citoyenne locale et davantage de poids donné aux écosystèmes dans les décisions. Timestamp : ~00:57:47 à 00:59:09.

    Questions posées dans l'interview
    Peut-on boire l'eau du robinet en France sans risque ?
    L'eau en bouteille est-elle vraiment meilleure que l'eau du robinet ?
    À quoi sert réellement un filtre type Brita, et a-t-il des limites ?
    Pourquoi ne faut-il pas boire l'eau chaude du robinet ?
    Pourquoi la France sous-investit-elle dans ses canalisations d'eau ?
    Comment expliquer qu'une ressource aussi rare que l'eau coûte si peu cher ?
    Qu'est-ce qui casse concrètement le cycle naturel de l'eau avec le réchauffement climatique ?
    Les méga-bassines résolvent-elles un problème ou en créent-elles un nouveau ?
    L'eau peut-elle devenir une arme entre États, au même titre que l'énergie ?
    Pourquoi n'existe-t-il aucune COP ni gouvernance mondiale dédiée à l'eau ?
    Références citées dans l'épisode
    Livre "Nous sommes faits d'eau", Simon Porcher (~00:03:12)
    Personnes évoquées François Ruffin, cité au sujet du PIB par habitant de la France en Europe (~00:42:39)
    Événements JO de Paris 2024, déversements d'eaux usées dans la Seine pendant les épreuves de triathlon (~00:20:44) Vague de chaleur 2025 et record de noyades en rivière (~00:33:37) Grande sécheresse de 2022 au Lac de Serre-Ponçon (~00:39:16)
    Lieux et données géographiques Mer d'Aral, asséchée par l'irrigation (~00:39:16) Lac Tchad, moins 60 % de surface en 60 ans (~00:39:16) Lac d'Annecy et la question de son assèchement futur (~00:38:44) Nappes fossiles sous le Sahara (~00:45:31) Méga-bassines des Deux-Sèvres (~00:37:03) Usine de dessalement bombardée à Bahreïn (~00:53:12) Canal Saint-Martin, ouverture à la baignade (~00:32:48)
    Cadre juridique et institutions Convention internationale des années 1970 interdisant la modification des nuages à des fins militaires, héritée de la guerre du Vietnam (~00:44:21) Classement mondial des réserves d'eau douce : Brésil, Russie, États-Unis, Chine, Inde, Colombie (~00:49:53)
    Timestamps clés
    00:00 Introduction et paradoxe central : l'eau rare mais gratuite 04:43 Ouverture avec Simon Porcher, pourquoi un économiste écrit sur l'eau 07:15 L'eau du robinet, produit le plus contrôlé de France 08:05 Les limites réelles des filtres à eau 09:05 Ce que cache vraiment l'eau en bouteille 10:28 Eau minérale contre eau de source, la confusion à éviter 11:15 Microplastiques dans la pluie et interdiction de l'eau de pluie chez soi 14:11 Le vrai problème des carafes filtrantes mal entretenues 15:40 Pourquoi éviter de boire l'eau chaude du robinet 16:18 L'état des canalisations françaises et le sous-investissement chronique 18:17 Pourquoi l'eau rare coûte presque rien 20:40 Débordements d'égouts et JO de Paris 2024 21:29 Le cycle de l'eau et ce qui s'y dérègle 26:33 Adapter les villes aux pluies diluviennes, le concept de ville éponge 29:14 Repenser l'architecture des maisons en zone inondable 34:56 Méga-bassines, adaptation ou fausse solution 38:44 Qui paie vraiment pour les méga-bassines 39:16 Les grands lacs qui rétrécissent dans le monde 41:25 Rivières atmosphériques et pluie importée depuis l'Amazonie 41:51 Ensemencement des nuages, la triche géopolitique du climat 48:44 L'empreinte eau cachée dans nos vêtements et notre alimentation 54:39 Data centers, prélèvement et consommation d'eau 57:47 L'absence de gouvernance mondiale de l'eau 59:11 La France, championne du monde des piscines privées 1:00:34 Pourquoi Simon Porcher a choisi l'eau comme sujet de vie 1:02:21 Clôture et message final sur le respect de l'eau

    Suggestion d'autres épisodes à écouter :
    #274 L'eau va t'elle devenir une denrée rare en France avec Magali Reghezza (https://audmns.com/TpVPDYg)

    #260 Pensées sur la beauté de la nature avec Alexandre Lacroix (https://audmns.com/SkTfBzz)

    Vlan #46 Mieux comprendre notre besoin de reconnexion à la nature avec Stéphane Hugon (https://audmns.com/YHgHiAD)

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    [Solo] La vraie violence est celle dont on ne parle pas

    02/07/2026 | 28 min
    Dans cet épisode solo, je pars d'un concours de circonstances de la semaine dernière avec le partage de deux stories Instagram publiées l'une à la suite de l'autre, l'une avec une citation de Romain Lemire sur l'inceste ("le silence, c'est ce qui permet aux prédateurs d'agir"), l'autre avec un carrousel tiré de mon épisode avec Frédéric Semama sur l'inaction climatique. Des dizaines de personnes m'ont écrit pour me dire que les deux se faisaient écho et cam'a amené à réfléchir car ils avaient raison.
    Dans cet épisode, je parle de la violence invisible, je questionne pourquoi 61 672 morts en un seul été européen ne génèrent pas le même niveau d'urgence politique que ce qu'on appelle "l'insécurité". J'ai exploré trois concepts qui m'ont aidé à mettre des mots sur ce malaise : la violence symbolique de Bourdieu, la violence lente de Rob Nixon et l'homéopathisation de la violence de Maffesoli. Et à la fin, je plaide pour une seule chose : nommer. Parce que ce qui n'a pas de mot n'existe pas dans les institutions.

    CITATIONS MARQUANTES

    "Le silence, c'est ce qui permet aux prédateurs d'agir." — Romain Lemire, sur Vlan!
    "La vraie violence, en 2026, n'est pas uniquement celle dont on parle mais plutôt celle qu'on tait et que souvent on ne classe pas dans la bonne case." — Gregory Pouy
    "Il n'y a pas de monstre, il n'y a que des personnes qui font des choses monstrueuses." — Un juge, sur Vlan!
    "Ce qui n'a pas de mot pour le définir n'existe pas. Les mots créent de la réalité institutionnelle." — Gregory Pouy
    "Intégrer l'animalité permet d'éviter la bestialité." — Michel Maffesoli (rapporté par Gregory Pouy)
    IDÉES CENTRALES
    Big Idea 1 — La violence visible capte tout, la violence systémique tue en silence
    Explication : L'agression dans le métro, la vitrine brisée font de bonnes images et définissent un "monstre". Les 61 672 morts européens de l'été 2022 (= 20x les homicides en France sur une décennie 2010-2020) ne font pas d'image et n'ont pas de coupable identifiable. Le débat politique, les lois et les budgets suivent les images, pas les chiffres. Pourquoi c'est important : C'est un mécanisme de détournement qui a des effets politiques réels et mesurables. Position : Section 2 (La violence que les caméras aiment)
    Big Idea 2 — La violence symbolique (Bourdieu) : le système qui se rend légitime aux yeux de ses victimes
    Explication : La domination la plus efficace est celle que les dominés perçoivent comme naturelle ou méritée. Pour l'inceste : silence institutionnel pendant des décennies. Pour le climat : dissémination de la responsabilité individuelle égale pour dédouaner les vrais auteurs. Pourquoi c'est important : Elle n'est pas un ajout à la violence physique, elle en est la condition de possibilité. Position : Section 3
    Big Idea 3 — La violence lente (Rob Nixon) : le crime parfait
    Explication : Les violences environnementales sont graduelles et invisibles. Nos mécanismes cognitifs, médiatiques et politiques sont calibrés pour l'instantané. La canicule sera oubliée dans 3 semaines. Les pauvres meurent 2x plus que les riches lors des pics de chaleur, à Madrid comme à Varsovie. Pourquoi c'est important : La violence lente frappe d'abord les corps déjà fragilisés par d'autres formes de violences, sans laisser de scène de crime claire. Position : Section 4
    Big Idea 4 — Nommer crée des obligations politiques
    Explication : Le mot "féminicide" a permis de compter séparément, d'analyser les schémas, de former les gendarmes et de changer les procédures. "Violence climatique" et "insécurité climatique" forcerait les politiques et les journalistes à traiter le sujet autrement qu'en relégation de fin de journal. Pourquoi c'est important : Ce qui n'a pas de mot n'existe pas dans le droit, donc pas dans la politique, donc pas dans le budget. Position : Section 5
    Big Idea 5 — L'homéopathisation de la violence (Maffesoli) : ritualiser pour éviter la bestialité
    Explication : La violence est structurelle à ce que nous sommes. Ni l'éliminer ni la nier, mais lui donner un cadre. Le carnaval, le duel codifié, les jeux de l'amphithéâtre avaient cette fonction. Quand une société refuse de nommer certaines violences, elle les refoule. Et un refoulement à grande échelle produit des symptômes : colères politiques diffuses, agressivité en ligne, défiance dans les institutions. Pourquoi c'est important : La canicule génère une violence psychique collective réelle : la conscience diffuse qu'une injustice se passe, sans mot pour la dire, sans coupable désigné, sans recours. Position : Section 6
    Big Idea 6 — Inceste et climat : deux applications du même principe
    Explication : Le prédateur familial compte sur la honte, la loyauté et l'absence de mots. L'industrie pétrolière compte sur le silence politique, la dissémination du doute et l'absence de catégories juridiques. Ce ne sont pas deux phénomènes sans rapport : la violence survit grâce à son invisibilité, activement maintenue par ceux qui ont le pouvoir de nommer. Pourquoi c'est important : C'est le cadrage central de toute la newsletter, et un cadrage est déjà un acte politique. Position : Section 8 (conclusion)

    RÉFÉRENCES CITÉES
    Personnes (invités ou cités dans le podcast / newsletter)
    Romain Lemire — invité Vlan!, sur le silence comme condition de l'inceste et de la prédation. Citation centrale de la newsletter.
    Frédéric Semama — invité Vlan!, épisode "Pourquoi on sait tout sur le climat et on ne fait rien". Point de départ de la réflexion.
    Un juge (anonyme) — invité Vlan!, citation : "Il n'y a pas de monstre, il n'y a que des personnes qui font des choses monstrueuses."
    Catherine Turner — actrice, analyse des "menaces invisibles" subies par les femmes. Citée sur la notion de zone grise entre préjudice réel et non-reconnu par le droit.
    Penseurs et théoriciens
    Pierre Bourdieu — concept de violence symbolique : la domination intériorisée comme légitime et naturelle par les dominés. Section 3.
    Rob Nixon — théoricien littéraire américain, concept de "violence lente" (slow violence) appliqué aux violences environnementales. Section 4.
    Michel Maffesoli — sociologue français, "Essai sur la violence". Concept d'homéopathisation de la violence : ritualiser l'agressivité pour éviter la bestialité. Section 6.
    René Girard — philosophe français, désir mimétique et mécanisme du bouc émissaire. Cité en parallèle de Maffesoli. Section 6.
    Gaston Bachelard — philosophe français, citation : "les révolutions conceptuelles se font toujours contre les mots de la génération précédente." Section 5.
    Livres cités
    Ecotopia — Ernest Callenbach, roman utopique. Imagination de jeux de guerre rituels codifiés entre communautés comme gestion de la violence. Section 6. (Recommandé vivement par Gregory Pouy)
    Essai sur la violence — Michel Maffesoli. Cité directement.
    Études et données
    Nature Medicine (2023) — étude sur les 61 672 morts de la chaleur en été 2022 en Europe. Données par pays : Italie 18 010, Espagne 11 324, Allemagne 8 173. Vulnérabilité double dans les quartiers défavorisés. Section 2.
    Études sur la mortalité climatique différentielle — Recherches entre Madrid et Varsovie sur la surmortalité des pauvres lors des canicules (2x). Section 4.

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    #401 Les politiques sont-ils déconnectés du réel ? Avec Boris Vallaud (partie 2)

    30/06/2026 | 36 min
    Boris Vallaud est un politique, Président du parti socialiste, président du groupe socialiste à l'Assemblée nationale, député des Landes et auteur de Nos vies ne sont pas des marchandises. Il vient de démissionner de la présidence du groupe PS au moment où on enregistre cet épisode.
    Je dois être honnête, ce n'est pas un hasard qu'en 9 ans de podcast je n'ai jamais invité de politiques encore ou presque.Ce n'est paspar désintérêt puisque les sujets que je traite sont profondément politiques. Mais parce que je voulais que ça soit une vraie conversation, pas une interview de promo, pas des éléments de langage, pas du positionnement de campagne. Je voulais qu'on parle de ce qui m'intéresse vraiment : pourquoi la société se fragmente, pourquoi les gens votent pour des gens qui ne défendent pas leurs intérêts, pourquoi la démocratie est sous pression, et ce qu'on peut y faire concrètement.
    Avec Boris, ça a marché j'ai l'impression mais je me méfie de mes propres incompétences à mettre en difficulté un politique en même temps.
    Le livre part d'une idée simple et tranchante, celle que l'on vit dans une immense boutique. Tout est à vendre, de la petite enfance jusqu'au grand âge, de notre attention jusqu'à notre imaginaire. Et cette colonisation est d'autant plus efficace qu'elle est silencieuse, on ne voit pas l'avant et l'après. Il existe une normalisation progressive de l'idée que tout a un prix, que tout se marchande, et que si vous ne pouvez pas payer, c'est votre problème.
    Dans cet épisode, nous parlons de ça, mais aussi de ce que ça produit politiquement. Parce que la marchandisation ne détruit pas que les services publics, elle détruit les liens, crée des épidémies de solitude, fragmente les territoires, et au bout, elle crée un appel d'air pour ceux que Boris appelle les "marchands d'ordre". Et la convergence Trump-Musk qu'on voit se déployer en ce moment, c'est exactement ça : quand le marché a tout pris, la dernière chose à acheter, c'est la démocratie elle-même.
    J'ai questionné Boris Vallaud sur la fiscalité des milliardaires où les 500 plus grandes fortunes françaises représentent 40% du PIB contre 12% il y a vingt ans, et où le taux d'effort fiscal des milliardaires est inférieur à celui de quelqu'un qui entre dans la première tranche de l'impôt sur le revenu. Nous parlons de la réforme des retraites et de pourquoi certaines réformes qui semblent économiquement solides se fracassent politiquement. Nous parlons de désindustrialisation — et de qui en est responsable, les politiques ou les dirigeants d'entreprise qui ont théorisé "la France sans usines". Nous parlons d'intelligence artificielle comme révolution industrielle que la classe politique n'a pas encore vraiment regardée en face. Nous parlons d'écologie, d'agriculture, et de pourquoi la transition est vécue comme une menace par ceux qui ont le moins de marge de manœuvre. Et nous parlons des angles morts de la gauche — Boris les nomme lui-même, sans esquiver.
    Ce qui m'a frappé dans cet épisode, c'est quelque chose que je n'attendais pas : son rapport aux gens qui votent contre ce qu'il représente. Il ne les méprise pas. Il dit qu'il les connaît, qu'ils sont bien, qu'il leur donne raison sur beaucoup de choses. Et que c'est ça qui lui donne envie de continuer malgré tout — pas la conviction d'avoir raison, mais la conviction que les gens méritent mieux que ce qu'on leur propose.
    Dans cet épisode, nous parlons de marchandisation, de services publics, de retraites, de désindustrialisation, de fiscalité, d'intelligence artificielle, d'écologie, de démocratie et de réseaux sociaux, de la gauche et de ses angles morts, et de ce que "représenter" veut vraiment dire quand on passe ses vendredis en permanence dans les Landes.

    Citations marquantes
    > "On vit dans une immense boutique. Tout est à vendre, de la petite enfance jusqu'au grand âge, jusqu'à soi-même, jusqu'à son imaginaire, jusqu'à sa conscience."
    > "C'est une avancée plus subreptice mais plus certaine qu'un coup d'état. Précisément parce qu'on ne voit pas l'avant et l'après. Et puis on se retrouve soi-même marchandise, au milieu de codes qui sont ceux du marché."
    > "Quand on abandonne la société au marché, la dernière Bastille à prendre, c'est la démocratie."
    > "Les milliardaires ont un taux d'effort fiscal inférieur à celui de quelqu'un qui entre dans la première tranche de l'impôt sur le revenu. Si tout le monde faisait le même effort, le juste effort, tout le monde vivrait mieux."
    > "Je ferme la porte à l'égoïsme et j'ouvre la porte sur la rencontre. Les gens sont courageux, généreux, intéressants."
    ---
    Idées centrales
    1. La marchandisation est un coup d'État sans avant ni après
    ~00:12:40 — 00:18:00
    Le marché n'a pas besoin d'une déclaration de victoire. Il avance par normalisation silencieuse. Le train où payer pour s'asseoir avec sa famille est devenu normal. La crèche où une amende a créé un marché du retard. Le moment où on n'est plus seulement un consommateur mais une marchandise soi-même. Baudrillard avait critiqué la société de consommation mais n'avait pas imaginé un marché aussi "totalisant et totalitaire" selon Boris. Ce qui est redoutable, c'est précisément l'absence de rupture visible.
    Pourquoi ça compte : ça change la façon dont on parle de capitalisme. Ce n'est plus un ennemi déclaré, c'est une colonisation du quotidien.
    2. Le service public coûte moins cher que son absence
    ~00:25:54 — 00:29:52
    La santé française représente 12% du PIB, gratuite à l'usage, avec une espérance de vie supérieure aux États-Unis où la santé représente 18% du PIB, privée, et laisse des dizaines de millions de personnes sans couverture correcte. La vraie question n'est pas "l'État sait-il gérer ?" mais "combien coûte la marchandisation ?" C'est un retournement rhétorique qui déplace le débat là où il devrait être.
    Pourquoi ça compte : ça donne des armes concrètes dans un débat trop souvent posé en termes abstraits.
    3. La mixité scolaire fonctionne, et personne n'en parle
    ~00:31:40 — 00:36:00
    À Toulouse, les enfants du quartier du Mirail ont été intégrés dans les collèges du centre-ville, dont Fermat et Saint-Sernin. Résultat : leur taux de réussite au brevet a rejoint la moyenne nationale. "Personne n'y a perdu. Tout le monde a été tiré vers le haut." C'est une réponse concrète, documentée, à la logique de ségrégation scolaire qui progresse avec la marchandisation de l'éducation.
    Pourquoi ça compte : une victoire réelle, mesurable, qui ne fait pas la une.
    4. L'IA est une révolution industrielle sans politique à sa hauteur
    ~01:03:05 — 01:07:10
    Boris reconnaît la sidération. Il propose l'analogie de la Red Team du ministère de la Défense, qui fait appel à des auteurs de science-fiction pour imaginer les menaces du futur. Ce même travail devrait être fait sur l'IA. La question concrète qu'il pose : si votre enfant s'oriente aujourd'hui vers une formation, comment savoir si elle sera encore utile dans cinq ans ? Le marché est incapable de donner de la valeur à l'utilité sociale, et c'est l'IA qui va redessiner ce partage.
    Pourquoi ça compte : une position qui n'est ni dans la panique ni dans l'euphorie, avec une proposition d'action.
    5. La démocratie est la dernière Bastille du marché
    ~01:17:25 — 01:21:15
    La convergence Trump-Musk n'est pas une coïncidence. Les 7 plus grandes entreprises américaines de la tech ont une capitalisation boursière qui dépasse le PIB des 27 pays de l'Union européenne. Quand le rapport de forces entre puissance publique et puissance privée est aussi déséquilibré, et que les oligarques de la tech contrôlent les plateformes sur lesquelles se forment les opinions, la démocratie délibérative est structurellement fragilisée.
    Pourquoi ça compte : ça sort la menace sur la démocratie du registre anecdotique pour la replacer dans la logique marchande.
    6. La gauche a des angles morts qu'elle refuse de regarder
    ~01:21:15 — 01:25:20
    Boris les nomme sans esquiver : la mondialisation, qu'elle a soutenue sans voir la désindustrialisation venir ; la crise environnementale, où elle a tardé ; la culture, devenue orpheline ; et surtout les territoires ruraux, la France des sous-préfectures, qui ne se sent pas représentée. Ce qui est frappant, c'est qu'il l'admet sans chercher à s'en sortir avec une formule.
    Pourquoi ça compte : un politique qui admet ses angles morts crédibilise tout le reste de ce qu'il dit.
    ---
    Questions posées dans l'interview
    1. De tous les sujets possibles, pourquoi avoir choisi la marchandisation comme angle central de ce livre ?
    2. Comment on sort d'un système d'hyper-marchandisation quand il est global et qu'aucun pays ne peut le faire seul ?
    3. Qu'est-ce qui vous intéresse encore dans la politique nationale là où la politique locale semble plus efficace et plus proche des gens ?
    4. Combien coûte vraiment la marchandisation — est-ce que l'État social revient finalement moins cher que son absence ?
    5. Pourquoi les Français ont-ils du mal à accepter que le problème est en haut plutôt qu'en bas, sur la fiscalité des héritages et des grandes fortunes ?
    6. Comment expliquer que la gauche perde des batailles culturelles sur des sujets où les chiffres sont pourtant de son côté ?
    7. La désindustrialisation depuis Mitterrand — erreur fondamentale, ou choix assumé par les dirigeants d'entreprise autant que par les politiques ?
    8. Est-ce que la démocratie peut survivre aux réseaux sociaux, et a fortiori aux réseaux sociaux alimentés par l'IA ?
    9. Quels sont les angles morts de la gauche — les sujets qu'elle refuse de regarder en face ?
    10. Si vous ne deviez choisir qu'un seul premier acte contre la marchandisation, ce serait lequel ?
    ---
    Références citées dans l'épisode
    Livres / auteurs
    - Nos vies ne sont pas des marchandises, Boris Vallaud (le livre de l'invité, fil conducteur de l'épisode)
    - Jean Baudrillard, critique de la société de consommation (*La Société de consommation*) — cité ~00:13:42 dans le contexte de la colonisation par le marché
    - Antoine Fouchet [À VÉRIFIER orthographe] — son travail sur la CSG, le financement de la protection sociale et la désindustrialisation — cité ~00:47:50 et ~01:25:24
    - Printemps silencieux [À VÉRIFIER : attribué à Rachel Carson dans la tradition écologiste] — cité ~01:12:40 comme livre "tragique et intéressant" sur la disparition des insectes
    - Camille Penny — cité brièvement sur le thème de la générosité et de l'égoïsme — ~01:34:49
    Films / séries
    - Matrix, Wall-E, Avatar, Black Mirror — cités comme œuvres culturelles qui ont anticipé les enjeux de l'IA et du contrôle numérique — ~01:20:45
    Études / données
    - Les 500 plus grandes familles françaises représentent 40% du PIB (contre 12% il y a 20 ans) — ~00:36:34
    - Taux d'effort fiscal des milliardaires inférieur à la première tranche de l'impôt sur le revenu — ~00:38:42
    - 160 milliards d'euros d'aides aux entreprises, étude du Sénat — ~00:40:00
    - 25 à 30% de non-recours au RSA — ~00:55:03
    - Fondation Jean-Jaurès : étude sur la corrélation entre fermeture des PMU/bistrots et progression du vote RN — ~01:18:15
    - Cité des sciences : 76% des Français pensent avoir l'esprit critique, mais 40% refusent de parler à des gens avec qui ils ne sont pas d'accord — ~01:18:34
    - France : 12% du PIB consacré à la santé / États-Unis : 18% — ~00:26:00
    - Exemple Sanofi : 1 milliard d'euros d'aides publiques à la recherche, puis licenciements de chercheurs — ~00:40:00
    Personnalités / modèles
    - Vienne (Autriche) : modèle de logement social, 80% de locataires, 60% de logements publics, mixité sociale préservée — ~00:18:00
    - Landes : zéro EHPAD à but lucratif, régie publique de l'eau, premier département producteur d'énergie photovoltaïque — ~00:18:00 / ~01:17:09
    - Toulouse, collège du Mirail : mixité scolaire avec Fermat et Saint-Sernin — ~00:33:00
    - Red Team du ministère de la Défense : auteurs de science-fiction pour anticiper les menaces — ~01:20:00
    - Arnaud Montebourg, travail commun au ministère du Redressement productif — ~00:58:34
    - Léo Lagrange / Front populaire : politique du temps libéré — ~01:26:14
    - Jacques Chirac : "Notre maison brûle" — ~01:08:00

    Timestamps clés
    00:08:25 — Intro : l'invité et le livre
    Greg présente Boris Vallaud et l'angle de l'épisode : on vit dans une immense boutique, et ce n'est pas anodin.
    00:12:40 — La marchandisation, plus sûre qu'un coup d'État
    Une avancée silencieuse, sans avant ni après visible. On se retrouve marchandise sans l'avoir décidé.
    00:15:32 — Le train, la crèche : les exemples du quotidien
    Payer pour s'asseoir avec sa famille. L'amende à la crèche qui a créé un marché du retard. La normalisation par petites touches.
    00:17:49 — Ce que ça produit : inégalités, solitude, extrême droite
    Explosion des inégalités, délitement du lien, épidémies de solitude. Et un appel d'air pour les marchands d'ordre.
    00:20:38 — Politique locale vs nationale
    Ce qui l'attire encore dans la politique nationale quand les permanences dans les Landes ressemblent à ce que la politique devrait être.
    00:25:54 — Combien coûte vraiment la marchandisation ?
    France 12% du PIB pour la santé, États-Unis 18%. Espérance de vie plus courte, inégalités plus grandes. La question se retourne.
    00:33:42 — La mixité scolaire de Toulouse : ça marche
    Les enfants du Mirail dans les collèges du centre-ville : taux de réussite au brevet rejoint la moyenne nationale. Personne n'y a perdu.
    00:43:38 — Neuf ans de permanences
    "J'ai rencontré quasiment que des gens bien." Y compris ceux qui votent pour des gens qu'il combat.
    00:51:39 — Le Cerfa de 24 pages pour un enfant handicapé
    La réalité concrète de ce que le désengagement de l'État produit sur les gens les plus vulnérables.
    00:57:51 — La désindustrialisation : politique ou patronat ?
    Les dirigeants qui ont théorisé la France sans usines. La souveraineté industrielle comme prochaine bataille.
    01:03:04 — L'IA : révolution sans boussole politique
    Parcoursup, les formations qui vont disparaître, le sens du travail. Les questions que la classe politique n'a pas encore osé poser.
    01:07:10 — Écologie et agriculture : les paysans en première ligne
    Mondialisation déloyale, réchauffement, perte de biodiversité. Le modèle agricole des années 60 est en train de se briser.
    01:17:23 — La dernière Bastille
    Quand on abandonne la société au marché, c'est la démocratie qu'on abandonne. La convergence Trump-Musk expliquée.
    01:21:16 — Les angles morts de la gauche
    Il les nomme : la mondialisation, la crise environnementale, la culture, les territoires ruraux. Rare autocritique politique.
    01:25:57 — Reconquérir le temps libéré
    On l'a libéré du travail. On l'a donné aux galeries marchandes et aux réseaux sociaux. Comment le reprendre.
    01:34:44 — Fermer la porte à l'égoïsme
    Le mot de la fin : les gens sont courageux, généreux, intéressants. C'est ça qui donne encore envie.

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  • Vlan!

    #401 Les politiques sont-ils deconnectés du réél? Avec Boris Vallaud (Partie 1)

    30/06/2026 | 51 min
    Boris Vallaud est un politique, Président du parti socialiste, président du groupe socialiste à l'Assemblée nationale, député des Landes et auteur de Nos vies ne sont pas des marchandises. Il vient de démissionner de la présidence du groupe PS au moment où on enregistre cet épisode.
    Je dois être honnête, ce n'est pas un hasard qu'en 9 ans de podcast je n'ai jamais invité de politiques encore ou presque.Ce n'est paspar désintérêt puisque les sujets que je traite sont profondément politiques. Mais parce que je voulais que ça soit une vraie conversation, pas une interview de promo, pas des éléments de langage, pas du positionnement de campagne. Je voulais qu'on parle de ce qui m'intéresse vraiment : pourquoi la société se fragmente, pourquoi les gens votent pour des gens qui ne défendent pas leurs intérêts, pourquoi la démocratie est sous pression, et ce qu'on peut y faire concrètement.
    Avec Boris, ça a marché j'ai l'impression mais je me méfie de mes propres incompétences à mettre en difficulté un politique en même temps.
    Le livre part d'une idée simple et tranchante, celle que l'on vit dans une immense boutique. Tout est à vendre, de la petite enfance jusqu'au grand âge, de notre attention jusqu'à notre imaginaire. Et cette colonisation est d'autant plus efficace qu'elle est silencieuse, on ne voit pas l'avant et l'après. Il existe une normalisation progressive de l'idée que tout a un prix, que tout se marchande, et que si vous ne pouvez pas payer, c'est votre problème.
    Dans cet épisode, nous parlons de ça, mais aussi de ce que ça produit politiquement. Parce que la marchandisation ne détruit pas que les services publics, elle détruit les liens, crée des épidémies de solitude, fragmente les territoires, et au bout, elle crée un appel d'air pour ceux que Boris appelle les "marchands d'ordre". Et la convergence Trump-Musk qu'on voit se déployer en ce moment, c'est exactement ça : quand le marché a tout pris, la dernière chose à acheter, c'est la démocratie elle-même.
    J'ai questionné Boris Vallaud sur la fiscalité des milliardaires où les 500 plus grandes fortunes françaises représentent 40% du PIB contre 12% il y a vingt ans, et où le taux d'effort fiscal des milliardaires est inférieur à celui de quelqu'un qui entre dans la première tranche de l'impôt sur le revenu. Nous parlons de la réforme des retraites et de pourquoi certaines réformes qui semblent économiquement solides se fracassent politiquement. Nous parlons de désindustrialisation — et de qui en est responsable, les politiques ou les dirigeants d'entreprise qui ont théorisé "la France sans usines". Nous parlons d'intelligence artificielle comme révolution industrielle que la classe politique n'a pas encore vraiment regardée en face. Nous parlons d'écologie, d'agriculture, et de pourquoi la transition est vécue comme une menace par ceux qui ont le moins de marge de manœuvre. Et nous parlons des angles morts de la gauche — Boris les nomme lui-même, sans esquiver.
    Ce qui m'a frappé dans cet épisode, c'est quelque chose que je n'attendais pas : son rapport aux gens qui votent contre ce qu'il représente. Il ne les méprise pas. Il dit qu'il les connaît, qu'ils sont bien, qu'il leur donne raison sur beaucoup de choses. Et que c'est ça qui lui donne envie de continuer malgré tout — pas la conviction d'avoir raison, mais la conviction que les gens méritent mieux que ce qu'on leur propose.
    Dans cet épisode, nous parlons de marchandisation, de services publics, de retraites, de désindustrialisation, de fiscalité, d'intelligence artificielle, d'écologie, de démocratie et de réseaux sociaux, de la gauche et de ses angles morts, et de ce que "représenter" veut vraiment dire quand on passe ses vendredis en permanence dans les Landes.

    Citations marquantes
    > "On vit dans une immense boutique. Tout est à vendre, de la petite enfance jusqu'au grand âge, jusqu'à soi-même, jusqu'à son imaginaire, jusqu'à sa conscience."
    > "C'est une avancée plus subreptice mais plus certaine qu'un coup d'état. Précisément parce qu'on ne voit pas l'avant et l'après. Et puis on se retrouve soi-même marchandise, au milieu de codes qui sont ceux du marché."
    > "Quand on abandonne la société au marché, la dernière Bastille à prendre, c'est la démocratie."
    > "Les milliardaires ont un taux d'effort fiscal inférieur à celui de quelqu'un qui entre dans la première tranche de l'impôt sur le revenu. Si tout le monde faisait le même effort, le juste effort, tout le monde vivrait mieux."
    > "Je ferme la porte à l'égoïsme et j'ouvre la porte sur la rencontre. Les gens sont courageux, généreux, intéressants."
    ---
    Idées centrales
    1. La marchandisation est un coup d'État sans avant ni après
    ~00:12:40 — 00:18:00
    Le marché n'a pas besoin d'une déclaration de victoire. Il avance par normalisation silencieuse. Le train où payer pour s'asseoir avec sa famille est devenu normal. La crèche où une amende a créé un marché du retard. Le moment où on n'est plus seulement un consommateur mais une marchandise soi-même. Baudrillard avait critiqué la société de consommation mais n'avait pas imaginé un marché aussi "totalisant et totalitaire" selon Boris. Ce qui est redoutable, c'est précisément l'absence de rupture visible.
    Pourquoi ça compte : ça change la façon dont on parle de capitalisme. Ce n'est plus un ennemi déclaré, c'est une colonisation du quotidien.
    2. Le service public coûte moins cher que son absence
    ~00:25:54 — 00:29:52
    La santé française représente 12% du PIB, gratuite à l'usage, avec une espérance de vie supérieure aux États-Unis où la santé représente 18% du PIB, privée, et laisse des dizaines de millions de personnes sans couverture correcte. La vraie question n'est pas "l'État sait-il gérer ?" mais "combien coûte la marchandisation ?" C'est un retournement rhétorique qui déplace le débat là où il devrait être.
    Pourquoi ça compte : ça donne des armes concrètes dans un débat trop souvent posé en termes abstraits.
    3. La mixité scolaire fonctionne, et personne n'en parle
    ~00:31:40 — 00:36:00
    À Toulouse, les enfants du quartier du Mirail ont été intégrés dans les collèges du centre-ville, dont Fermat et Saint-Sernin. Résultat : leur taux de réussite au brevet a rejoint la moyenne nationale. "Personne n'y a perdu. Tout le monde a été tiré vers le haut." C'est une réponse concrète, documentée, à la logique de ségrégation scolaire qui progresse avec la marchandisation de l'éducation.
    Pourquoi ça compte : une victoire réelle, mesurable, qui ne fait pas la une.
    4. L'IA est une révolution industrielle sans politique à sa hauteur
    ~01:03:05 — 01:07:10
    Boris reconnaît la sidération. Il propose l'analogie de la Red Team du ministère de la Défense, qui fait appel à des auteurs de science-fiction pour imaginer les menaces du futur. Ce même travail devrait être fait sur l'IA. La question concrète qu'il pose : si votre enfant s'oriente aujourd'hui vers une formation, comment savoir si elle sera encore utile dans cinq ans ? Le marché est incapable de donner de la valeur à l'utilité sociale, et c'est l'IA qui va redessiner ce partage.
    Pourquoi ça compte : une position qui n'est ni dans la panique ni dans l'euphorie, avec une proposition d'action.
    5. La démocratie est la dernière Bastille du marché
    ~01:17:25 — 01:21:15
    La convergence Trump-Musk n'est pas une coïncidence. Les 7 plus grandes entreprises américaines de la tech ont une capitalisation boursière qui dépasse le PIB des 27 pays de l'Union européenne. Quand le rapport de forces entre puissance publique et puissance privée est aussi déséquilibré, et que les oligarques de la tech contrôlent les plateformes sur lesquelles se forment les opinions, la démocratie délibérative est structurellement fragilisée.
    Pourquoi ça compte : ça sort la menace sur la démocratie du registre anecdotique pour la replacer dans la logique marchande.
    6. La gauche a des angles morts qu'elle refuse de regarder
    ~01:21:15 — 01:25:20
    Boris les nomme sans esquiver : la mondialisation, qu'elle a soutenue sans voir la désindustrialisation venir ; la crise environnementale, où elle a tardé ; la culture, devenue orpheline ; et surtout les territoires ruraux, la France des sous-préfectures, qui ne se sent pas représentée. Ce qui est frappant, c'est qu'il l'admet sans chercher à s'en sortir avec une formule.
    Pourquoi ça compte : un politique qui admet ses angles morts crédibilise tout le reste de ce qu'il dit.
    ---
    Questions posées dans l'interview
    1. De tous les sujets possibles, pourquoi avoir choisi la marchandisation comme angle central de ce livre ?
    2. Comment on sort d'un système d'hyper-marchandisation quand il est global et qu'aucun pays ne peut le faire seul ?
    3. Qu'est-ce qui vous intéresse encore dans la politique nationale là où la politique locale semble plus efficace et plus proche des gens ?
    4. Combien coûte vraiment la marchandisation — est-ce que l'État social revient finalement moins cher que son absence ?
    5. Pourquoi les Français ont-ils du mal à accepter que le problème est en haut plutôt qu'en bas, sur la fiscalité des héritages et des grandes fortunes ?
    6. Comment expliquer que la gauche perde des batailles culturelles sur des sujets où les chiffres sont pourtant de son côté ?
    7. La désindustrialisation depuis Mitterrand — erreur fondamentale, ou choix assumé par les dirigeants d'entreprise autant que par les politiques ?
    8. Est-ce que la démocratie peut survivre aux réseaux sociaux, et a fortiori aux réseaux sociaux alimentés par l'IA ?
    9. Quels sont les angles morts de la gauche — les sujets qu'elle refuse de regarder en face ?
    10. Si vous ne deviez choisir qu'un seul premier acte contre la marchandisation, ce serait lequel ?
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    Références citées dans l'épisode
    Livres / auteurs
    - Nos vies ne sont pas des marchandises, Boris Vallaud (le livre de l'invité, fil conducteur de l'épisode)
    - Jean Baudrillard, critique de la société de consommation (*La Société de consommation*) — cité ~00:13:42 dans le contexte de la colonisation par le marché
    - Antoine Fouchet [À VÉRIFIER orthographe] — son travail sur la CSG, le financement de la protection sociale et la désindustrialisation — cité ~00:47:50 et ~01:25:24
    - Printemps silencieux [À VÉRIFIER : attribué à Rachel Carson dans la tradition écologiste] — cité ~01:12:40 comme livre "tragique et intéressant" sur la disparition des insectes
    - Camille Penny — cité brièvement sur le thème de la générosité et de l'égoïsme — ~01:34:49
    Films / séries
    - Matrix, Wall-E, Avatar, Black Mirror — cités comme œuvres culturelles qui ont anticipé les enjeux de l'IA et du contrôle numérique — ~01:20:45
    Études / données
    - Les 500 plus grandes familles françaises représentent 40% du PIB (contre 12% il y a 20 ans) — ~00:36:34
    - Taux d'effort fiscal des milliardaires inférieur à la première tranche de l'impôt sur le revenu — ~00:38:42
    - 160 milliards d'euros d'aides aux entreprises, étude du Sénat — ~00:40:00
    - 25 à 30% de non-recours au RSA — ~00:55:03
    - Fondation Jean-Jaurès : étude sur la corrélation entre fermeture des PMU/bistrots et progression du vote RN — ~01:18:15
    - Cité des sciences : 76% des Français pensent avoir l'esprit critique, mais 40% refusent de parler à des gens avec qui ils ne sont pas d'accord — ~01:18:34
    - France : 12% du PIB consacré à la santé / États-Unis : 18% — ~00:26:00
    - Exemple Sanofi : 1 milliard d'euros d'aides publiques à la recherche, puis licenciements de chercheurs — ~00:40:00
    Personnalités / modèles
    - Vienne (Autriche) : modèle de logement social, 80% de locataires, 60% de logements publics, mixité sociale préservée — ~00:18:00
    - Landes : zéro EHPAD à but lucratif, régie publique de l'eau, premier département producteur d'énergie photovoltaïque — ~00:18:00 / ~01:17:09
    - Toulouse, collège du Mirail : mixité scolaire avec Fermat et Saint-Sernin — ~00:33:00
    - Red Team du ministère de la Défense : auteurs de science-fiction pour anticiper les menaces — ~01:20:00
    - Arnaud Montebourg, travail commun au ministère du Redressement productif — ~00:58:34
    - Léo Lagrange / Front populaire : politique du temps libéré — ~01:26:14
    - Jacques Chirac : "Notre maison brûle" — ~01:08:00

    Timestamps clés
    00:08:25 — Intro : l'invité et le livre
    Greg présente Boris Vallaud et l'angle de l'épisode : on vit dans une immense boutique, et ce n'est pas anodin.
    00:12:40 — La marchandisation, plus sûre qu'un coup d'État
    Une avancée silencieuse, sans avant ni après visible. On se retrouve marchandise sans l'avoir décidé.
    00:15:32 — Le train, la crèche : les exemples du quotidien
    Payer pour s'asseoir avec sa famille. L'amende à la crèche qui a créé un marché du retard. La normalisation par petites touches.
    00:17:49 — Ce que ça produit : inégalités, solitude, extrême droite
    Explosion des inégalités, délitement du lien, épidémies de solitude. Et un appel d'air pour les marchands d'ordre.
    00:20:38 — Politique locale vs nationale
    Ce qui l'attire encore dans la politique nationale quand les permanences dans les Landes ressemblent à ce que la politique devrait être.
    00:25:54 — Combien coûte vraiment la marchandisation ?
    France 12% du PIB pour la santé, États-Unis 18%. Espérance de vie plus courte, inégalités plus grandes. La question se retourne.
    00:33:42 — La mixité scolaire de Toulouse : ça marche
    Les enfants du Mirail dans les collèges du centre-ville : taux de réussite au brevet rejoint la moyenne nationale. Personne n'y a perdu.
    00:43:38 — Neuf ans de permanences
    "J'ai rencontré quasiment que des gens bien." Y compris ceux qui votent pour des gens qu'il combat.
    00:51:39 — Le Cerfa de 24 pages pour un enfant handicapé
    La réalité concrète de ce que le désengagement de l'État produit sur les gens les plus vulnérables.
    00:57:51 — La désindustrialisation : politique ou patronat ?
    Les dirigeants qui ont théorisé la France sans usines. La souveraineté industrielle comme prochaine bataille.
    01:03:04 — L'IA : révolution sans boussole politique
    Parcoursup, les formations qui vont disparaître, le sens du travail. Les questions que la classe politique n'a pas encore osé poser.
    01:07:10 — Écologie et agriculture : les paysans en première ligne
    Mondialisation déloyale, réchauffement, perte de biodiversité. Le modèle agricole des années 60 est en train de se briser.
    01:17:23 — La dernière Bastille
    Quand on abandonne la société au marché, c'est la démocratie qu'on abandonne. La convergence Trump-Musk expliquée.
    01:21:16 — Les angles morts de la gauche
    Il les nomme : la mondialisation, la crise environnementale, la culture, les territoires ruraux. Rare autocritique politique.
    01:25:57 — Reconquérir le temps libéré
    On l'a libéré du travail. On l'a donné aux galeries marchandes et aux réseaux sociaux. Comment le reprendre.
    01:34:44 — Fermer la porte à l'égoïsme
    Le mot de la fin : les gens sont courageux, généreux, intéressants. C'est ça qui donne encore envie.

    Suggestion d'autres épisodes à écouter :
    #376 Quelles stratégies pour reconstruire une France autonome et résiliente? Avec Arnaud Montebourg - Partie 1 (https://audmns.com/UxFQjUM)

    #229 Travaillez moins pour travailler mieux: réenvisager la valeur travail avec Céline Marty (https://audmns.com/IRoKxrv)

    #282 La décroissance est-elle réaliste? Avec Timothée Parrique (https://audmns.com/jvOrQIt)

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