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Grégory Pouy
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  • Vlan! Leadership

    #73 Comment garder 30 000 personnes engagées en période de crise? Avec Aliette Mousnier-Lompré

    29/06/2026 | 1 h 7 min
    Aliette Mounier-Lompré est la CEO d'Orange Business. Elle a fait toute sa carrière dans une seule boîte, depuis un stage au milieu de ses études jusqu'à la direction d'une entité de 30 000 personnes présente dans le monde entier.
    Orange Business, c'est une entreprise qui se réinvente sous pression : le business historique fond (téléphonie fixe, cuivre), et il faut trouver les relais de croissance tout en maintenant la performance financière et le lien humain. Ce paradoxe, Aliette l'incarne au quotidien.
    Dans cet épisode, nous parlons de ce que le football de haut niveau lui a appris sur le collectif, de ses règles personnelles pour gérer l'énergie plutôt que l'agenda, et de la façon dont elle aborde la transformation IA, non comme un sujet tech, mais comme un enjeu profondément humain. J'ai questionné Aliette sur sa décision de parler publiquement de son orientation sexuelle en tant que CEO, et sur les retours, parfois bouleversants, qu'elle a reçus de collaborateurs qui ne pouvaient en parler à personne. Un épisode dense, direct et rare dans sa franchise.
    Citations
    "Dans un monde où personne ne nous attend, tomber dans notre zone de confort, c'est absolument dangereux."
    "Ce qui est vraiment important, c'est la gestion de l'énergie, pas la gestion de l'agenda."
    "Mon métier, c'est de gérer des injonctions contradictoires."
    "Si toute la boîte dépend de moi, ça ne peut pas marcher."
    "J'en parle parce que ça ne devrait pas être un sujet. Et pourtant, pour beaucoup, ça l'est encore."
    Big Ideas
    1. La contrainte comme déclencheur de créativité (~03:54)
    La crise financière d'Orange Business, comme la crise Covid, a forcé une agilité que les périodes calmes ne permettent pas. En quelques semaines pendant le Covid, des services ont été réinventés là où il fallait normalement des mois. La pression n'est pas l'ennemi de l'innovation : c'en est souvent le carburant. Pourquoi c'est important : ça retourne la manière dont on pense le risque et l'urgence en entreprise.
    2. L'énergie avant l'agenda (~23:20)
    On peut travailler 12 heures et produire zéro. On peut avoir un agenda plein et rester parfaitement lucide. Ce qui compte, c'est l'état mental au moment où la décision doit être prise. Aliette applique cela avec une discipline de sportive : vacances coupées radicalement, pas de réunion avant 9h ni après 18h, dîner en famille chaque soir. Pourquoi c'est important : c'est le levier de performance le plus sous-estimé dans les organisations.
    3. Zéro clone dans une équipe (~10:42)
    Dans un monde imprévisible, une équipe homogène est une équipe aveugle. Aliette cherche activement des profils qui raisonnent différemment : top-down contre bottom-up, ingénieurs contre profils orientés clients, cultures variées. L'alchimie est plus complexe à gérer que celle d'une équipe uniforme, mais elle évite les grosses erreurs. Pourquoi c'est important : la performance collective dépend moins du niveau individuel que de la complémentarité des façons de penser.
    4. L'IA : un enjeu RH avant d'être un enjeu tech (~37:48)
    Orange Business pilote la transformation IA avec un binôme RH + tech, pas une seule tour de contrôle technique. Le passage de 30 minutes à 30 secondes sur le diagnostic client grâce à l'agentique illustre l'ampleur des réorganisations à venir : ce ne sont pas des ajustements de processus, ce sont des redéfinitions de métiers entiers. Pourquoi c'est important : confier la transformation IA uniquement à la DSI, c'est rater la moitié du sujet.
    5. Le coming-out comme acte de leadership collectif (~01:00:37)
    En parlant publiquement de son orientation sexuelle, Aliette n'a pas fait un geste militant : elle a envoyé un signal de permission. Les retours, souvent anonymes, parfois de collaborateurs dans des pays où l'homosexualité est pénalisée, montrent que "venir au travail sans masque" reste inaccessible pour beaucoup en 2026. Et ce qui s'est libéré après dépasse largement ce seul sujet. Pourquoi c'est important : ce qu'une personne en position d'autorité normalise, l'organisation entière se l'approprie progressivement.
    Questions posées dans l'interview
    Qu'est-ce qu'on trouve chez Orange qui pousse à rester toute une carrière dans un monde où la mobilité est la norme ?
    Comment trouver le bon niveau de pression sur une équipe, sans tomber dans le burn-out ni l'ennui ?
    Comment recruter des profils qui vont te challenger plutôt que confirmer ce que tu penses déjà ?
    Qu'est-ce que le football de haut niveau t'a appris sur le collectif que le management classique n'enseigne pas ?
    Comment donner de l'autonomie réelle dans une boîte de 30 000 personnes, avec des barrières linguistiques et culturelles ?
    Toi-même, comment tu gères ton énergie au quotidien, et comment tu l'insuffles dans tes équipes ?
    La réunionite : c'est un symptôme ou une cause ? Et comment tu t'y attaques concrètement ?
    Orange Business pilote l'IA avec un duo RH + tech : comment ce binôme fonctionne en pratique ?
    Comment garder l'engagement des collaborateurs quand la vision bouge et que l'incertitude est la règle ?
    Pourquoi parler publiquement de ton orientation sexuelle, et qu'est-ce que ça a libéré dans l'entreprise ?
    Références citées dans l'épisode
    Personnes
    Jean-Charles Samuelian (fondateur d'Alan) : cité comme exemple de rupture par contrainte. En sortant d'école, il a révolutionné les sièges d'avion dans une industrie ultra-réglementée en partant d'une contrainte simple. (~06:00)
    Mbappé : exemple du joueur star dont l'individualisme peut fragiliser le collectif, même à très haut niveau. (~14:30)
    Richard Branson : cité pour sa règle de recréer une nouvelle entité dès qu'une équipe dépasse 50 personnes, pour préserver l'esprit de corps. (~33:45)
    Concepts et études
    Nombre de Dunbar (150-200 personnes) : seuil au-delà duquel la confiance interpersonnelle devient structurellement difficile à construire. (~16:44)
    Shadow AI : phénomène où les collaborateurs utilisent des IA non sécurisées quand les outils internes sont bloqués ou absents. (~40:57)
    Agentique (agentic AI) : workflows IA autonomes appliqués au diagnostic client chez Orange Business. (~44:00)
    Initiatives internes
    Challenge "All Connected" chez Orange : 10 jours par an, 160 000 salariés, défi de pas en équipes de 4, avec dons à des associations à la clé. (~32:31)
    Événements historiques
    Crise Covid : mobilisation exceptionnelle d'Orange pour connecter les hôpitaux, gérer le drive de la grande distribution, passer au télétravail du jour au lendemain. (~03:54 et ~48:59)
    Timestamps clés (YouTube)
    00:00 Bébé Orange : une carrière par hasard
    Aliette raconte comment un stage l'a fait entrer chez Orange, et pourquoi elle n'en est jamais repartie malgré les opportunités.
    01:30 Ce qu'on trouve vraiment dans une grande boîte
    La culture care d'Orange : l'équilibre entre performance financière et humain, difficile mais sincère.
    02:27 Orange Business : une boîte sous pression
    Le business historique fond. Comment Aliette gère la crise financière sans perdre ses équipes.
    03:54 La pression comme moteur
    L'exemple Covid : des services réinventés en semaines là où il fallait normalement des mois.
    05:23 Le bon niveau de défi pour ses équipes
    Entre ennui et burn-out : adapter la pression à chaque individu, une science inexacte.
    09:58 Pourquoi les clones sont dangereux
    Recruter des profils qui pensent différemment, créer l'alchimie du collectif.
    12:21 Ce que le foot apprend sur le leadership
    11 Messi dont un en gardien de but : la complémentarité prime sur le niveau individuel.
    15:32 Donner de l'autonomie dans une grande boîte
    Déléguer vraiment, y compris en vacances, quand on est à la tête de 30 000 personnes.
    18:39 Les règles militaires d'Aliette
    3 semaines en août, 2 semaines à Noël, pas de réunion avant 9h ni après 18h, dîner en famille chaque soir.
    22:29 Gérer l'énergie, pas l'agenda
    La leçon du sportif qui se repose avant la compétition. La qualité de la décision prime sur le volume d'heures.
    28:54 La réunionite : symptôme, pas cause
    Interdire les réunions à plus de 10 personnes. La règle du décideur unique pour chaque sujet.
    33:45 Petites équipes contre grande échelle
    Le modèle Branson à 50 personnes max versus les économies d'échelle d'Orange. L'intrapreneuriat interne comme compromis.
    36:00 L'IA : une problématique humaine
    Pas "quelle IA choisir" mais comment la transformation organisationnelle s'opère réellement.
    44:00 De 30 minutes à 30 secondes grâce à l'agentique
    Le diagnostic client réduit par un facteur 60. Ce que ça veut dire pour les métiers et les compétences.
    46:36 Le duo RH + tech pour piloter l'IA
    Pourquoi Orange institutionnalise ce binôme et ce que ça change dans la gouvernance de la transformation.
    52:02 Ralentir quand tout s'accélère
    La technique des 10 ans en avant : dans 10 ans, est-ce que ce sujet comptera encore ?
    59:01 Diversité : performance et éthique
    Les équipes homogènes facilitent la gestion. Les équipes diverses évitent les erreurs graves.
    01:00:37 Le coming-out d'une CEO
    Pourquoi Aliette en parle, et les messages anonymes qu'elle a reçus en retour de collaborateurs dans des pays où c'est pénalisé.

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  • Vlan! Leadership

    #72 Le management bienveillant n'est pas bisounours avec Gael Chatelain-Berry

    15/06/2026 | 1 h
    Je connais Gaël Chatelain-Berry des réseaux et particulièrement de LInkedin mais aussi à travers son podcast. Ex DRH, écrivain, conférencier, podcaster et bientôt acteur sur des planches autour de Saint-Jacques-de-Compostelle, il est l'un des premiers en France à avoir mis le mot "bienveillance" dans la même phrase que "management", il y a dix ans, à une époque où tout le monde se moquait de lui.
    Dans cet épisode, je parle avec Gaël de ce que le bien-être au travail veut vraiment dire et ce n'est pas des cours de yoga ni des chouquettes à l'entrée. J'ai questionné Gaël sur les contradictions criantes des entreprises qui affichent leurs valeurs sur leur site internet tout en faisant régner une forme de violence managériale en interne, sur le rôle du burn-out comme faute professionnelle, sur pourquoi la première source de démotivation des salariés français est aussi simple et aussi absurde que l'absence d'un bonjour le matin, sur le sens au travail raconté à travers une usine de vis et boulons qui fabrique des satellites, et sur ce que l'IA change ou pas à l'équation humaine dans les entreprises.

    Citations marquantes
    "Le bien-être au travail, c'est finir sa journée dans le même état physique et psychologique que quand t'as commencé. C'est ça, la définition. Et malheureusement, on en est très loin."
    "La première source de démotivation des salariés français? Leur manager ne leur dit pas bonjour le matin. C'est la chose que nos parents nous ont apprise à l'âge de trois ans. Et en entreprise, on l'oublie."
    "Un burn-out dans ton équipe, c'est une faute professionnelle. Si t'es un tant soit peu empathique, c'est pas possible que ça t'échappe. Ça n'arrive pas du jour au lendemain."
    "L'illusion du bonheur au travail, oubliez-la. Le bonheur, c'est une quête. Le bien-être, c'est un état. Et cet état, ce n'est pas une option pour les entreprises. C'est une obligation."
    "Si vous voulez que vos salariés prennent soin de votre entreprise, prenez soin de vos salariés. Richard Branson disait ça il y a 25 ans. Ce n'est pas de la révolution. C'est du bon sens."

    Questions posées dans l'interview
    Comment tu es arrivé à cette notion de bien-être au travail ?
    Qu'est-ce qui t'y a amené ? Comment tu définirais le bien-être au travail ?
    À quel moment le bien-être au travail devient juste un discours dans les entreprises ?
    Est-ce que les structures elles-mêmes — à base de KPI, de mesures — ne sont pas malades, indépendamment des managers ?
    Comment tu concilies le management bienveillant avec des réalités économiques court terme ?
    Où est-ce que tu places la limite entre la bienveillance et la complaisance ? Est-ce que le sens au travail, c'est vraiment quelque chose de fondamental pour toi ? Jusqu'où le bien-être individuel est-il lié à l'individu lui-même plutôt qu'à l'entreprise ?
    Est-ce qu'on n'est pas en train de normaliser des environnements toxiques en disant aux gens de faire de la méditation ?
    Est-ce que le travail est censé être un lieu d'épanouissement — ou est-ce un luxe quand ça arrive ? T

    imestamps clés (optimisés YouTube) Processus de réflexion Processus de réflexion 7. Timestamps clés 00:00 — Intro : Gaël présente son parcours de dirigeant média à expert du bien-être 02:27 — Sa définition du bien-être : finir sa journée dans le même état qu'au démarrage 03:15 — Le bien-être washing : quand les valeurs s'arrêtent à la page d'accueil 05:35 — Adam Smith et Richard Branson disaient la même chose il y a des siècles 06:57 — L'IA comme réponse à la démographie, pas comme menace pour l'emploi 09:14 — Les structures elles-mêmes sont-elles malades ? "Un escalier se nettoie par le haut" 12:40 — Bienveillance ≠ gentillesse. On peut licencier avec bienveillance. 17:05 — La première source de démotivation en France : ne pas dire bonjour 19:00 — La méthode gratuite pour libérer la parole dans une équipe 22:17 — L'usine de vis et boulons qui envoie des pièces dans l'espace (et le sens au travail) 28:15 — Vous êtes responsable de votre propre sommeil 31:39 — Être une femme en entreprise : tous les codes sont masculins 34:48 — Un manager peut choisir de ne pas reproduire ce qu'il subit au-dessus 37:45 — 24 jours par an en réunion. 50% non productifs. C'est la semaine de 4 jours gratuite. 41:30 — Yoga et méditation ne règlent rien si le manager est toxique 42:21 — Un burn-out dans son équipe, c'est une faute professionnelle 45:02 — Le travail est-il censé épanouir ? "C'est un luxe quand ça arrive" 52:59 — Bonheur au travail (illusion) vs bien-être au travail (obligation) 54:20 — Chief Happiness Officer : bonne idée, mauvaise exécution 56:24 — Ce qui motive Gaël. Ce qui le déprime encore aujourd'hui.

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  • Vlan! Leadership

    [Best-of] Une leçon fondamentale de leadership avec le Général Vincent Desportes

    01/06/2026 | 57 min
    Vincent Desportes, Général de corps d'armée, ancien directeur de l'École de Guerre est l’un des épisodes qui a le plus marqué sur Vlan! Leadership.
    J'avoue que j'avais une image un peu caricaturale de l'armée avant cet épisode. L'ordre, la hiérarchie stricte, le "on obéit parce qu'on obéit". Et puis j'ai lu le livre de Vincent. Et j'ai réalisé que, sur la question du leadership, les militaires ont une longueur d'avance assez déconcertante sur la majorité des entreprises. Pas parce qu'ils sont plus durs. Mais parce qu'ils ont compris bien avant nous que personne ne fait quelque chose d'extraordinaire sous la contrainte. Que le désir, comme disait Spinoza, est le vrai moteur. Et que le rôle du chef n'est pas de motiver, mais de créer les conditions de l'auto-motivation.
    Dans cet épisode, nous parlons de ce que distingue vraiment une bonne armée d'une mauvaise, pourquoi la guerre en Ukraine est avant tout une histoire de leadership, comment on crée de l'autonomie sans perdre le cap, et ce que le brouillard de la guerre nous apprend sur la manière de prendre des décisions dans un monde qu'on ne comprend plus très bien. J'ai aussi questionné Vincent sur ses propres erreurs de jeune lieutenant, sur la vulnérabilité du chef, et sur cette phrase qu'il cite dans le livre et qui m'a arrêté net : "Le désir secret des hommes est moins d'être libre que d'être inspiré."

    Citations marquantes
    "Un soldat sait qu'il ne vaut rien sans les autres."
    "Je ne peux pas motiver les gens. Je dois créer les conditions de l'auto-motivation."
    "Doutez toujours. Mais n'hésitez jamais."
    "L'initiative est la forme la plus aboutie de la discipline."
    "Le désir secret des hommes est moins d'être libre que d'être inspiré."
    Idées clefs
    1. Le préfixe le plus important en leadership : "auto" [00:00 à 20:00] Vincent revient sur une idée qu'il développe dans son livre : on ne peut pas motiver quelqu'un, on ne peut pas responsabiliser quelqu'un de l'extérieur. Ce qu'on peut faire, c'est créer les conditions pour que ça émerge de l'intérieur. Auto-motivation, auto-responsabilisation, auto-discipline. C'est un renversement total de la logique managériale classique qui dit "je vais mobiliser mes équipes" comme si c'était une action qu'on fait à quelqu'un. Ça explique pourquoi tant d'initiatives de "mobilisation" tombent à plat : elles partent dans le mauvais sens.
    2. Le lien entre intérêt individuel et intérêt collectif est la vraie clé [08:50 à 14:00] Ce n'est pas le sens qu'on donne à une mission qui fait avancer les gens. C'est le fait que chacun perçoive un intérêt personnel à ce que le collectif réussisse. Rousseau disait que c'est l'émotion qui fait avancer l'humain, pas la pensée. Spinoza disait que l'homme est désir. Vincent traduit ça en pratique managériale : je dois créer le lien émotionnel entre "mon avenir à moi" et "notre projet ensemble". Ce lien ne se décrète pas, il se construit, souvent dans les petits gestes et les conversations du quotidien.
    3. "Aucun plan ne résiste au premier coup de canon" [20:00 à 33:00] Von Moltke, général prussien du XIXe siècle, avait posé les bases de ce qu'on redécouvre aujourd'hui sous le nom d'agilité. Un plan, c'est fait pour entrer en contact avec la réalité, pas pour la dicter. Et ce qui fait la différence entre une bonne organisation et une mauvaise, ce n'est pas la qualité du plan initial, c'est la capacité d'adaptation de chacun quand le plan se casse. Ce qui implique d'avoir construit l'autonomie avant que la crise arrive, pas pendant.
    4. Le drill et la liberté : les deux ne s'opposent pas [29:00 à 33:00] Il y a des tâches qu'on automatise pour libérer la tête. Un parachutiste sait exactement où est son couteau, son masque à gaz, ses grenades, sans regarder, parce que ça libère sa bande passante pour penser à ce qui change. C'est exactement ce que font les bonnes entreprises : automatiser les tâches sans valeur ajoutée humaine pour que les gens puissent s'adapter à l'imprévu. La robotisation n'est pas une menace si elle est pensée comme libération de l'initiative.
    5. Le leader est un créateur de contexte, pas un distributeur de sens [47:30 à 56:45] McGregor distingue deux types de management : le mécaniste (on tire sur la tige pour que la plante monte) et l'agricole (on crée les conditions pour qu'elle pousse). Vincent va encore plus loin avec la métaphore du tournesol : si le contexte est bon, les gens s'orientent naturellement vers la lumière, sans qu'on ait besoin de les y forcer. Le rôle du leader n'est pas d'indiquer le chemin à chaque pas, c'est de faire en sorte que l'orientation devienne naturelle.
    Questions posées dans l'interview
    Qu'est-ce que c'est qu'un bon leader selon vous, et à quoi ça ressemble ?
    Est-ce que l'armée fonctionne par contrainte ou par adhésion ?
    Pourquoi la différence Ukraine/Russie est-elle d'abord une question de leadership ?
    Comment faire naître l'envie à l'intérieur de chaque personne dans une organisation ?
    Comment un leader peut-il développer l'autonomie chez ses collaborateurs concrètement ?
    Comment changer une culture organisationnelle ancrée dans le drill et la non-autonomie ?
    Vous avez eu des échecs personnels qui vous ont appris quelque chose sur le leadership ?
    La vulnérabilité, l'aveu du doute, est-ce un signe de bon leadership ou une faiblesse ?
    Le "brouillard de la guerre", est-ce une métaphore pertinente pour ce que vivent les entreprises aujourd'hui avec la crise écologique ?
    Qu'est-ce que vous entendez par "un leader est un influenceur par le contexte" ?
    Références citées
    Personnes historiques et militaires
    Napoléon Bonaparte : plusieurs citations sur le commandement par le rêve, la connaissance des hommes, l'uniforme comme vecteur d'identité [00:44, 15:43, 30:48, 37:10, 51:26]
    Von Moltke (Helmut von Moltke) : "Aucun plan ne résiste au premier coup de canon" et "Un ordre ne doit contenir que ce qu'un subordonné ne peut décider de lui-même" [20:57]
    Carl von Clausewitz : théoricien de la guerre, créateur du concept de "brouillard de la guerre" [44:23]
    Maréchal Foch : "La discipline formelle est une forme d'indiscipline" [24:50]
    Général Lagarde : "L'initiative est la forme la plus aboutie de la discipline" [24:50]
    Leclerc (Général Philippe Leclerc de Hauteclocque) : leadership par les objectifs, libérateur de Paris [25:38]
    Général Bradley : formation avant le débarquement de Normandie, équilibre drill/initiative [32:02]
    Clémenceau et Foch : images des chefs militaires dans les tranchées [14:57]
    Wagner / Prigogine : exemple de leadership par la contrainte [02:18]
    Philosophes et penseurs
    Spinoza : "L'homme est désir" [08:27]
    Rousseau : "C'est la pensée qui fait l'humain, mais c'est l'émotion qui le fait avancer" [11:35]
    Edgar Morin : capacité humaine d'intuition face aux machines [29:04]
    Pascal / Descartes : le doute cartésien appliqué à la décision [41:23]
    Théoriciens du management
    Robert Greenleaf : concept du "servant leader" [06:43]
    McGregor : management mécaniste vs management agricole [48:12]
    Jean-Dominique Senard : dirigeant de Michelin, exemple de leadership humaniste [18:03]
    Culture et littérature
    Pierre Schoendorffer, Le Crabe-tambour : "Le désir secret des hommes est moins d'être libre que d'être inspiré" [56:11]
    Ubuntu : principe africain du collectif comme force [54:08]
    Événements historiques
    Débarquement de Normandie / plage d'Omaha : exemple d'adaptation sous contrainte [31:24, 32:02]
    6 juin 1944 / libération de Paris [25:38, 06:43]
    Covid : décision sous incertitude et légitimité du changement [42:51]
    Réforme des retraites : lien intérêt individuel/collectif [54:08]
    Grande Dépression / Roosevelt à la radio [12:56]
    Churchill et De Gaulle : leadership par le discours émotionnel [12:13]
    Livre de l'invité
    Devenez leader, Vincent Desportes, éditions Odile Jacob [00:13]
    Timestamps clés pour YouTube
    00:13 — Un bon leader, à quoi ça ressemble vraiment ? Desportes pose la définition : un leader, c'est quelqu'un qui transforme une addition d'êtres humains en une synergie de volontés. Pas quelqu'un qui commande, quelqu'un qui crée l'envie d'aller quelque part ensemble.
    01:35 — Napoléon commandait par le rêve, pas par le fouet La différence entre les armées qui gagnent et celles qui perdent. Avec un parallèle direct et saisissant sur Wagner et l'armée russe aujourd'hui.
    05:40 — Ce sont les soldats qui gagnent les guerres, pas les généraux Et c'est exactement le même problème dans les entreprises. Celui qui crée la valeur, c'est l'opérateur, le commercial, le soldat. Le chef, lui, crée les conditions.
    08:27 — Spinoza, Rousseau, et pourquoi on ne motive pas les gens On pense avec le cerveau, mais on avance avec le cœur et les tripes. Ce moment où la philosophie rencontre la pratique du commandement militaire.
    14:09 — Le quiet quitting expliqué par un général Pourquoi les gens se déconnectent ? Parce que leur intérêt a changé et que les organisations ne l'ont pas vu venir. Une analyse qui dépasse largement le cadre militaire.
    18:57 — Le préfixe le plus important du leadership : AUTO Auto-motivation, auto-responsabilisation, auto-discipline. Je ne peux pas imposer ces choses de l'extérieur. Mon rôle est de créer les conditions pour qu'elles émergent.
    20:57 — Von Moltke et "aucun plan ne résiste au premier coup de canon" Pourquoi le plan stratégique est une illusion et ce qu'il faut faire à la place. L'autonomie comme seule réponse réaliste à l'imprévu.
    30:48 — Le drill existe toujours dans les armées, et c'est normal Automatiser ce qui n'a pas de valeur ajoutée humaine pour libérer la tête vers ce qui en a. La robotisation vue comme libération plutôt que menace.
    40:01 — "Doutez toujours. Mais n'hésitez jamais." La grande phrase de l'épisode. Décision sous incertitude, légitimité du changement de cap, et pourquoi les gens ont critiqué Macron pendant le Covid en ayant fondamentalement tort.
    44:23 — Le brouillard de la guerre, c'est notre quotidien La crise écologique, la polycrise, l'accélération. Clausewitz avait tout compris. La stratégie, ce n'est pas un chemin fixe, c'est un objectif stable sur un chemin qu'on ajuste en permanence.
    47:37 — Le leader est un agriculteur, pas un mécanicien La métaphore de McGregor et des tournesols. On ne tire pas sur la plante pour qu'elle monte. On crée les conditions pour qu'elle s'oriente naturellement vers la lumière.
    52:42 — La puissance collective n'est pas un résultat, c'est une résultante On ne produit pas de l'intelligence collective en le décrétant. On crée le lien vertical (intérêt individuel/collectif) et le lien horizontal (fraternité, besoin des autres). Le reste vient tout seul.

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  • Vlan! Leadership

    [Best-of] Comment Alan a supprimé la peur au bureau avec Jean-Charles Samuelian-Werle

    18/05/2026 | 42 min
    Jean-Charles Samuelian, cofondateur d'Alan. À 37 ans, il a déjà 15 ans d'entrepreneuriat derrière lui, une scale-up de plus de 500 personnes, 200 millions d'euros de revenus annuels au moment ou je l’interview mais qui a explosé depuis. Il est également derrière Mistral et comme il n’est pas assez occupé, il a également sorti un livre sur le leadership qu'il a tiré directement de la documentation interne d'Alan. Ce livre, c'est la mise en forme écrite de tout ce qu'ils ont construit, testé, cassé, et reconstruit depuis la création de l'entreprise avec son cofondateur Charles.
    Ce qui m'a frappé dans cet échange, c'est que Jean-Charles ne théorise pas le leadership depuis une position confortable. Il le vit, il le documente, et il assume les contradictions : Alan n'est pas une démocratie, les vacances illimitées sont un mythe qu'il refuse d'entretenir, et la culture d'entreprise ne se résume pas à des posters dans les couloirs ni à des cours de yoga. Dans cet épisode, nous parlons de transparence radicale sur les salaires, de la décision de supprimer les managers, de la culture de l'écrit comme outil d'égalité des voix, et de ce que ça veut dire concrètement de traiter ses collaborateurs en adultes. J'ai questionné Jean-Charles sur ce qu'il aurait fait différemment dans sa première boîte, sur comment on transforme une grande organisation qui a peur du conflit, et sur ce que la notion de "start-up nation" dit en réalité de notre rapport collectif à l'ambition.
    Citations marquantes
    "Une boîte comme la nôtre, c'est pas un long fleuve tranquille, c'est des choses qui cassent à peu près tous les jours. Et en parler ne cache pas ça. Ça crée un sentiment de cohésion où il n'y a plus de peur face à l'inconnu." — Jean-Charles Samuelian, 07:20
    "Les valeurs, pour moi, c'est une question de mécanisme dans la vie de tous les jours. Elles sont vécues parce qu'elles sont exemplifiées. Si tu ne les vis pas, c'est du bullshit. Comme Enron qui mettait intégrité sur leur mur." — Jean-Charles Samuelian, 15:33
    "Je préfère parler de vacances flexibles. Si quelqu'un prenait des vacances tous les jours, on se séparait de la personne. Donc illimité, ce mot-là, il ment." — Jean-Charles Samuelian, 10:04
    "L'écrit, ça réduit les inégalités. Ça va moins être l'homme blanc qui parle le plus fort. Le contenu compte plus que la personne qui le dit, et ça, c'est très puissant." — Jean-Charles Samuelian, 20:55
    "La culture d'entreprise, c'est comment on prend des décisions. Pas les posters, pas les valeurs rédigées en comité. La vraie question c'est : cette dernière décision importante, comment est-ce qu'on l'a prise ?" — Jean-Charles Samuelian, 25:13
    Idées centrales
    1. La transparence radicale n'est pas une posture, c'est une contrainte utile
    Timestamp : 02:08 - 04:30
    Chez Alan, tout le monde sait ce que tout le monde gagne, de 35 000 à 200 000 euros par an. Jean-Charles lui-même est à 140 000. Ce n'est pas de la générosité symbolique : c'est un mécanisme de gouvernance. Rendre une décision auditable force à l'expliquer rationnellement. Et quand on est forcé d'expliquer pourquoi, les décisions deviennent plus justes. La transparence n'est pas une valeur abstraite chez Alan, c'est une procédure qui produit des effets concrets sur la qualité des choix collectifs.
    Pourquoi c'est intéressant : La plupart des entreprises traitent les salaires comme un secret d'État parce que ça arrange ceux qui sont en position de négocier. Alan fait le pari inverse et documente que ça marche.
    2. Traiter les gens en adultes : le premier principe de soin
    Timestamp : 04:33 - 09:54
    Pour Jean-Charles, "prendre soin" d'un salarié n'a rien à voir avec les avantages en nature ou les cours de méditation. C'est lui donner l'information pour prendre de bonnes décisions, et lui faire confiance dès le premier jour. L'harmonie pro-perso, c'est que le travail t'énergise et que ta vie perso t'appartient pleinement quand tu y es. Alan Mind, leur outil de santé mentale, est une brique dans un système plus large, pas un gadget RH.
    Pourquoi c'est intéressant : La plupart des discours sur le bien-être au travail sont paternalistes. Jean-Charles renverse le cadre : on soigne en faisant confiance, pas en ajoutant des services.
    3. La culture de l'écrit comme outil d'égalité
    Timestamp : 20:12 - 22:10
    Supprimer les réunions chez Alan, c'est un choix politique autant qu'organisationnel. L'écrit permet de travailler de manière asynchrone, mais surtout il donne les mêmes chances à tout le monde de s'exprimer. Les gens timides s'expriment davantage. L'identité de celui qui parle pèse moins que ce qu'il dit. Alan a accumulé 15 000 décisions documentées et traçables. C'est une mémoire collective que n'importe quel salarié peut auditer.
    Pourquoi c'est intéressant : La réunion en présentiel n'est pas neutre : elle favorise structurellement ceux qui parlent fort. L'écrire le rend visible.
    4. Valoriser l'échec ne suffit pas : il faut le récompenser concrètement
    Timestamp : 37:00 - 39:19
    Alan a un channel Slack appelé "Failure Learning" où tout le monde partage ses ratés, à commencer par les leaders. Mais Jean-Charles va plus loin : quand quelqu'un lance un projet ambitieux qui échoue pour de bonnes raisons, on n'y réduit pas son périmètre de responsabilité, on l'agrandit. Parce que la personne a appris. Il cite Anne Duke et Thinking in Bets : on peut prendre la meilleure décision possible et perdre, prendre une décision médiocre et gagner. Juger les gens sur le résultat seul, c'est confondre la chance et la compétence.
    Pourquoi c'est intéressant : Dire "on valorise l'échec" sans changer ce qu'on récompense concrètement, ça reste un slogan. Jean-Charles décrit le mécanisme réel.
    5. La culture d'entreprise se définit avant la boîte, pas après
    Timestamp : 23:47 - 25:45
    Jean-Charles et son cofondateur Charles ont défini leur culture avant même de créer Alan. Pas via un cabinet externe, mais via une vraie conversation sur comment ils voulaient travailler ensemble. Cette conversation a ensuite guidé les premiers recrutements. Sa recommandation pour les structures existantes : ne pas tout changer d'un coup, mais analyser comment la dernière décision importante a été prise, ce qui a fonctionné ou pas, et avancer décision par décision.
    Pourquoi c'est intéressant : La culture n'est pas un document. C'est la trace laissée par les décisions qu'on a prises. On ne peut pas la poser a posteriori, on peut seulement l'observer et décider de la corriger.
    Questions posées dans l'interview
    Écrire un livre sur le leadership à 34 ans, tu n'as pas l'impression de prendre une avance sur une expérience qui n'est pas encore terminée ?
    Qu'est-ce que ça change concrètement, de rendre les salaires accessibles à tout le monde dans une boîte ?
    Pour toi, c'est quoi vraiment prendre soin de ses salariés, au-delà du yoga et du baby-foot ?
    Les vacances "illimitées" dont tout le monde parle, c'est une réalité ou un argument marketing ?
    Comment tu transmets vos valeurs à quelqu'un qui arrive dans la boîte sans qu'elles restent des mots sur un PowerPoint ?
    Les clients d'abord ou les salariés d'abord : est-ce qu'il faut vraiment choisir ?
    La culture de l'écrit et la suppression des réunions, c'est un choix idéologique ou une décision pratique ?
    Comment tu garantis qu'une équipe distribuée garde une forme de cohésion réelle sur le long terme ?
    Quel conseil tu donnes à une grande organisation qui veut changer sa culture mais qui part de loin ?
    La start-up nation, c'est un projet sérieux ou une communication politique qu'on a un peu tous acceptée sans la questionner ?
    Références citées dans l'épisode
    Livres
    Jean-Charles Samuelian — Alan Leadership Principles (le livre mentionné dans l'épisode, adaptation de la documentation interne d'Alan). Évoqué dès l'introduction (00:13) et plusieurs fois ensuite.
    Patrick Lencioni — The Five Dysfunctions of a Team (conseillé par Jean de La Roche-Brochard à Jean-Charles). Évoqué à 35:36 comme outil de base pour comprendre les dysfonctionnements d'une équipe : manque de confiance, peur du conflit, inattention aux résultats.
    Anne Duke — Thinking in Bets (traduit Penser en Paris). Évoqué à 38:34. Thèse centrale : la qualité d'une décision et son résultat sont deux choses différentes. On peut bien décider et perdre.
    Outils et plateformes
    Notion — Outil de documentation interne utilisé chez Alan pour centraliser les Alan Leadership Principles, les décisions (environ 15 000 "issues") et la mémoire collective. Évoqué à 17:21.
    Slack — Outil de communication interne, avec notamment le channel "Failure Learning" dédié au partage des échecs. Évoqué à 37:06.
    Alan Mind — Application de bien-être mental créée par Alan, disponible pour les salariés d'entreprises partenaires et en téléchargement individuel. Contient des programmes de thérapie cognitive comportementale, gestion du stress, détection de burn-out, et accès à des thérapeutes en chat ou visio. Évoqué à 08:55.
    Personnes citées
    Sama Karaki — Neuroscientifique. Mentionnée par Grégory dans le contexte d'un épisode précédent sur le volant, sur la primauté du processus sur le résultat dans l'apprentissage. Évoqué à 38:14.
    Moussa (prénom seulement) — Entrepreneur mentionné par Grégory dans le contexte du travail avec les banlieues et les quartiers. Évoqué à 41:05.
    Les Déterminés — Association mentionnée par Jean-Charles dans le cadre du sourcing de talents dans des milieux peu représentés. Évoqué à 41:30 (sans validation officielle d'un partenariat à ce moment-là).

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  • Vlan! Leadership

    [Best-of] A quoi doit ressembler le leader du 21ème siècle? Avec Michel Mafesoli

    04/05/2026 | 59 min
    Michel Maffesoli, sociologue émérite à la Sorbonne et auteur du livre (entre autre) Le temps des peurs (Éditions du Cerf).
    Il y a des conversations qui te font réaliser que des choses que tu observais confusément depuis des années ont un nom, une généalogie, une logique. C'est exactement ce qui s'est passé avec Michel. On se connaît depuis un moment, et à chaque fois qu'on se retrouve, j'ai l'impression qu'il me tend un miroir sur ce que je vois dans les entreprises sans réussir à le formuler clairement.
    Dans cet épisode, nous parlons du glissement silencieux qui est en train de recomposer le leadership, le rapport au travail, et même l'idée qu'on se fait du sens. J'ai questionné Michel sur la différence entre pouvoir et puissance, sur ce que le mot "travail" cache vraiment (et c'est assez brutal), sur pourquoi l'idéologie du soin peut conduire à la soumission, et sur ce qu'il entend par "enracinement dynamique" une expression qui m'a longtemps travaillé. On parle aussi de prophétie, d'écosophie, de tribus, et de ce que les patrons les plus lucides ont compris avant tout le monde.
    3. Citations marquantes
    "La peur de la mort n'empêche pas de mourir, mais empêche de vivre."
    "Vous n'obtiendrez de la compétence que si vous mettez l'accent sur l'appétence."
    "Ne plus perdre sa vie à la gagner. Voilà la sensibilité générale actuellement."
    "Le prophète ne dit pas avant. Il dit devant. C'est-à-dire, avec les autres, en réversibilité."
    "Le care, c'est protection-soumission. Je te protège, tu te soumets. Et ça conduit inéluctablement à son contraire."
    4. Big Ideas
    1. Le leader moderne est mort, vive le grand frère [00:38 - 04:28] La modernité a produit un leader vertical, celui qui sait et qui tire les autres vers lui. Ce modèle, dit Maffesoli, est structurellement épuisé. Ce qui émerge, c'est quelqu'un qui accompagne plutôt qu'il n'impose. Pas le père de la loi, mais le grand frère. L'autorité au sens latin du terme : autoritas, ce qui fait croître ce qui est déjà là. Pourquoi ça compte : des générations entières ne répondent plus aux structures pyramidales. Le chef qui "sait à la place" perd ses équipes avant même d'avoir commencé.
    2. Pouvoir vs puissance : le décalage qui produit des soulèvements [07:09 - 09:40] Maffesoli distingue le pouvoir institué (les institutions, l'État, les élites) et la puissance instituante (ce qui vient du bas, du vivant, du populaire). Les moments de crise ne sont pas des accidents : ils surviennent quand ces deux forces se désynchronisent trop longtemps. On y est. Pourquoi ça compte : les mobilisations sociales, les démissions massives, le "bore-out" ne sont pas des caprices. Ce sont des signaux de puissance qui cherche à s'exprimer sans trouver de cadre.
    3. Le tripalium : on a transformé un supplice en valeur [23:50 - 28:51] Le mot "travail" vient de tripalium, un instrument de torture romain. Jusqu'à la fin du XIXe siècle, travailler faisait déroger la noblesse. C'est Marx qui en a fait une valeur, reprise ensuite partout, y compris à droite. Pour Maffesoli, cette construction est en train de s'effondrer. Ce qui monte à sa place, c'est la créativité. Pourquoi ça compte : vouloir "redonner du sens au travail" en gardant le même mot et le même cadre, c'est repeindre les murs d'une maison qui brûle.
    4. Le prophète parle devant, pas avant [28:59 - 33:37] L'étymologie grecque de "prophète" (pro-phémi) ne signifie pas prédire l'avenir, mais parler devant les autres, avec eux, en interaction. Un prophète post-moderne, c'est quelqu'un qui renvoie du vécu commun plutôt qu'un savoir surplombant. Pourquoi ça compte : ce que les forums, les newsletters de niche, les communautés en ligne font naturellement, c'est ça. Ils "prophétisent" dans ce sens. Les médias mainstream, eux, ont tout faux.
    5. L'écosophie contre l'écologie [43:29 - 49:34] L'économie, c'est la loi de la maison. L'écologie, c'est le savoir sur la maison. L'écosophie, terme proposé après Guattari, c'est la sagesse de la maison commune. Pas un programme politique, pas un savoir expert. Une sensibilité. Ses voisins cévenols ne se réclament d'aucune idéologie verte, mais vivent cette écosophie chaque jour. Pourquoi ça compte : les entreprises qui intègreront cette dimension ne le feront pas par vertu mais parce que ça marche mieux, comme s'ajuster à un changement climatique.
    6. Homéopathiser le mal plutôt que le nier [34:44 - 40:41] Le carnaval, le bizutage, le duel au premier sang : autant de rituels que la modernité a voulu supprimer au nom de l'hygiène sociale. Aristote appelait ça la catharsis. Pour Maffesoli, une société qui refuse ses rituels de décharge transforme la violence en violence perverse. Pourquoi ça compte : l'obsession du risque zéro ne protège pas. Elle déplace. Ce qu'on voit dans les banlieues, dans les addictions, dans l'effondrement psychologique, c'est souvent la réponse du corps social à une asepsie forcée.
    5. Questions posées dans l'interview
    Pour toi, qu'est-ce qu'un leader? Et si tu devais remplacer ce mot anglais, tu dirais quoi en français?
    Comment distingues-tu concrètement le pouvoir de la puissance, et pourquoi ce décalage entre les deux produit-il des soulèvements?
    Est-ce que le "big quit" américain, le bore-out, la démotivation des équipes, c'est la puissance instituante qui cherche à s'exprimer?
    Tu parles d'appétence avant la compétence. Comment les chefs d'entreprise accueillent ce discours quand tu le leur tiens?
    Le mot "care", prendre soin, est très à la mode dans le management. Pourquoi tu t'y opposes?
    Quelle est la vraie étymologie du mot travail, et qu'est-ce que ça dit de notre rapport contemporain à l'emploi?
    Tu dis que le vrai prophète parle devant et non avant. Qu'est-ce que ça change concrètement dans la manière de diriger ou de communiquer?
    Comment tu définis l'écosophie, et en quoi elle diffère de l'écologie au sens politique du terme?
    Ce que tu appelles "enracinement dynamique", c'est une réponse à quoi exactement?
    L'entreprise a-t-elle un rôle à jouer dans la réinvention des imaginaires collectifs?
    6. Références citées
    Auteurs et penseurs
    Max Weber [13:43] : rationalisation de l'existence, point de départ de la gestion moderne
    Karl Marx [13:43 / 24:49 / 47:59] : valeur-travail dans Le Capital, et critique du déracinement
    Thomas Kuhn [15:24] : Structures des révolutions scientifiques, la via recta de la raison et les impedimenta
    Julien Freund [08:49] : polémologue strasbourgeois, "les combats d'arrière-garde sont les plus violents"
    Jean Baudrillard [32:27] : majorité silencieuse, viralité, réversibilité
    Carl Gustav Jung [39:01 / 50:24] : l'ombre, les archétypes
    Gilbert Durand [19:25 / 49:50 / 53:19] : anthropologie de l'imaginaire, structures anthropologiques
    Lacan [04:42] : la loi du père
    Heidegger [07:09] : chaque auteur a une idée dans sa vie
    Hannah Arendt [07:09] : citée dans la même veine
    Ortega y Gasset [15:59] : l'impératif atmosphérique
    Lévi-Strauss [41:56] : la notion de bricolage
    Emile Durkheim [29:53] : le conformisme logique
    Emmanuel Kant [26:54] : le travail comme impératif catégorique
    Descartes [44:21] : l'homme "maître et possesseur de la nature"
    Livres de Michel Maffesoli
    Le temps des peurs (Éditions du Cerf, 17 janvier) [00:16 / 58:41]
    La violence totalitaire [33:54]
    L'ombre de Dionysos (réédité) [39:03]
    Le temps des tribus [57:16]
    Concepts et institutions
    APM (Association Progrès du Management) [17:50] : réseau de clubs de patrons
    Kedge Business School [57:16] : chaire Maffesoli sur le marketing des tribus
    École de Palo Alto [46:32] : proxémie, relation environnement naturel/social
    HEC, Centrale, Polytechnique [22:52] : jeunes diplômés qui choisissent d'abord le solidaire
    Google [14:35] : 15-20% du temps accordé à des activités non professionnelles
    Ségolène Royal [11:03] : loi contre le bizutage, débat sur la catharsis sociale
    7. Timestamps clés (YouTube)
    00:13 - Le leader post-moderne n'impose pas, il accompagne De "sachant" à "grand frère" : Maffesoli introduit le glissement le plus profond du leadership contemporain. La modernité a valorisé celui qui sait et tire les autres. Ce qui émerge, c'est l'autorité au sens latin : faire croître ce qui est déjà là. La différence entre éducation (imposer) et initiation (accompagner).
    04:28 - Autorité vs autoritarisme : l'étymologie qui change tout Le mot autoritas vient du verbe "augere", faire croître. "Auteur" vient de là. Un bon auteur fait croître tes idées. Un bon leader fait croître ce qui est dans chacun. Maffesoli insiste : ce retour de l'autorité (pas de l'autoritarisme) est ce que les jeunes générations cherchent.
    07:09 - Pouvoir et puissance : le concept central Sa thèse d'État de 1978, l'idée de toute une vie. Le pouvoir institué (institutions, élites) et la puissance instituante (ce qui vient du bas). Une société équilibrée les tient ensemble. Quand elles se désynchronisent, les soulèvements commencent.
    12:17 - Appétence avant compétence : ce que les patrons commencent à comprendre Maffesoli résume son discours aux comités directeurs : vous n'obtiendrez de la compétence que si vous misez d'abord sur l'appétence. Prendre en compte le ludique, l'émotionnel, le festif. Google comme exemple. Un virage que les plus lucides ont déjà amorcé.
    23:50 - Le tripalium : le travail était un supplice Le mot "travail" vient d'un instrument de torture romain. Jusqu'à fin du XIXe, travailler faisait déroger la noblesse. Marx en a fait une valeur. Pour Maffesoli, cette valeur est historiquement très récente et déjà en train de s'effondrer. Ce qui monte : la créativité, faire de sa vie une œuvre d'art.
    28:59 - Le vrai prophète ne prédit pas, il parle devant Étymologie grecque de pro-phémi : dire devant, pas avant. Le prophète post-moderne, c'est celui qui échappe au conformisme logique et renvoie du vécu commun. Internet, les forums, les communautés font ça naturellement. Les médias officiels, de moins en moins.
    33:54 - Pourquoi le "care" peut mener à la soumission Maffesoli se positionne à contre-courant : le prendre soin aboutit logiquement à protection-soumission. Je te protège, tu te soumets. L'hygiénisme du pouvoir nie la finitude au lieu de la ritualiser. Ce qui provoque des excès et des violences perverses, faute de catharsis.
    43:29 - Écosophie : ni économie ni écologie, mais sagesse de la maison commune Distinction tranchante entre les trois mots. L'économie impose la loi. L'écologie prétend détenir le savoir. L'écosophie, elle, est une sensibilité. Ses voisins cévenols la vivent sans jamais prononcer le mot. C'est ce que les entreprises les plus subtiles commencent à intégrer.
    47:59 - Enracinement dynamique : la spirale contre la flèche Marx voulait qu'on se déracine de la glèbe pour être libre. La post-modernité, dit Maffesoli, c'est l'inverse : trouver de la force dans les racines. L'histoire n'est pas une flèche hégélienne mais une spirale. Ce qui revient n'est pas exactement ce qu'on avait quitté. Synergie de l'archaïque et du technologique.
    52:28 - Imaginaire, tribus et marketing des désirs L'imaginaire, ce sont les mythes, les fantasmes, les symboles qui constituent une société. Les entreprises qui le comprennent ne pensent plus en termes de besoin global mais de désirs de communautés. Le marketing des tribus, qu'il a théorisé dès Le temps des tribus, est l'application directe de ce glissement.

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Acerca de Vlan! Leadership
Le monde est en plein mouvement, la majorité des organisations ne sont plus en phase avec l'époque et elles le savent, elles doivent se transformer en profondeur. Mais pas de transformation d'organisation sans leadership. Dans ce podcast nous explorons avec des leaders éclairés mais également avec des chercheurs à quoi le leadership peut et doit ressembler. Vlan! Leadership, c'est de l'inspiration mais c'est aussi un outil pour les leaders de demain en montrant que d'autres modèles sont possibles que ce soit pour les grandes ou les petites structures.Hébergé par Audiomeans. Visitez audiomeans.fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
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