Géopolitique

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- Le 27 octobre 2026, les Israéliens élisent leur Parlement pour la première fois depuis le 7 Octobre 2023. Benyamin Netanyahu, qui a fêté ses 77 ans en pleine campagne, brigue un nouveau mandat. Rien n’est joué.
Le Premier ministre israélien aborde ce scrutin en eaux troubles. Il cumule dix-neuf ans au pouvoir, il est jugé pour corruption depuis 2020, et le président Herzog a gelé en avril sa demande de grâce. La Cour pénale internationale a émis un mandat d’arrêt contre lui. Le 7-Octobre, survenu sous son gouvernement, n’a jamais donné lieu à la commission d’enquête d’État que réclament les familles des victimes. La guerre à Gaza, plus de 73 000 morts selon le ministère de la Santé de l’enclave, a isolé Israël en Europe et abîmé son image aux États-Unis, et deux guerres contre l’Iran n’ont pas fait tomber le régime.
Il reste pourtant dans la course. Les derniers sondages placent Yashar, le parti de l’ancien chef d’état-major Gadi Eisenkot, devant le Likoud, mais aucun bloc n’atteint les 61 sièges nécessaires pour gouverner. Le camp de Netanyahu, allié à l’extrême droite d’Itamar Ben Gvir et de Bezalel Smotrich et aux partis ultraorthodoxes, tourne autour de 50 sièges. L’opposition fait à peine mieux, et refuse de s’appuyer sur les partis arabes. Donald Trump a apporté le 18 octobre son « soutien total » au Premier ministre sortant.
Qui est Benyamin Netanyahu, comment a-t-il tenu trente ans au centre de la vie politique israélienne, et qu’est-ce qu’une alternance changerait vraiment pour Gaza, l’Iran, les États-Unis et l’Europe ? À moins qu’un blocage ne le maintienne, une fois encore, à la tête du pays.
Invités :
Alain Dieckhoff, sociologue, directeur de recherche au CNRS, ancien directeur du CERI de Sciences Po, auteur notamment de L’invention d’une nation. Israël et la modernité politique
Denis Charbit, politiste, professeur de science politique à l’Université ouverte d’Israël, auteur de Qu’est-ce que le sionisme ?
Laure Foucher, maître de recherche à la Fondation pour la recherche stratégique, autrice de la note « Les perceptions en Israël de l’avenir de la relation avec Washington » (octobre 2026). - Le 13 septembre 2026, un drone russe a frappé la locomotive du train Kiev-Varsovie en gare de Yahodyn, à quelques kilomètres de la frontière polonaise. Les 206 passagers avaient été évacués un quart d’heure plus tôt.
Depuis que le ciel ukrainien est fermé, le rail est la seule porte d’entrée du pays. Les armes, le blé et les dirigeants étrangers passent par là, et Moscou en a fait une cible : en septembre, les chemins de fer ukrainiens ont dû évacuer 5 831 trains. Loin du front, la fermeture du détroit d’Ormuz fin février 2026 a produit l’effet inverse. Le fret ferroviaire entre la Chine et l’Europe a bondi d’un tiers en quelques semaines, et en avril un premier train direct a relié Wuhan à Bakou en dix-huit jours sans passer par la Russie.
Longtemps tenu pour une relique du XIXè siècle, le chemin de fer est redevenu un instrument de puissance. C’est la thèse de Claude Leblanc dans Géopolitique du train. La Chine n’avait aucune ligne à grande vitesse en 2007, elle en compte aujourd’hui plus de 50 000 kilomètres, et elle a construit ou modernisé 10 000 kilomètres de voies en Afrique. L’Inde pose ses rails jusqu’à la ligne de démarcation au Cachemire. Les pays baltes changent la largeur de leurs voies pour tourner le dos à Moscou. Washington finance le corridor de Lobito pour faire sortir le cobalt congolais par l’Atlantique. Pendant ce temps, l’Union européenne a perdu des kilomètres de voies, et il faut toujours huit heures pour aller de Paris à Berlin.
Reste à savoir si le train peut vraiment rivaliser avec la mer, par où transite toujours l’essentiel des marchandises, et si l’Afrique, à qui l’on promet des milliers de kilomètres de lignes, en sera bénéficiaire ou simple terrain de jeu.
Invité : Claude Leblanc, journaliste, éditorialiste à L’Opinion en charge des questions asiatiques, auteur de Géopolitique du train (PUF, collection « Géopolitiques », 2026).
Musiques : Les Rita Mitsouko, Le petit train ; Bob Dylan, Slow Train. - L’Asie fabrique nos batteries, nos téléphones et une bonne part de la croissance mondiale. Mais derrière ce décollage, que deviennent ceux qui vivent loin des capitales ? Géopolitique s’intéresse au dernier dossier de La revue internationale et stratégique, consacré aux pouvoirs en Asie-Pacifique.
L’Indonésie produit près de 60 % du nickel mondial, un métal indispensable aux batteries des voitures électriques. Les complexes industriels se multiplient dans les Moluques et à Sulawesi, souvent au détriment des forêts et de ceux qui en vivaient. Fin août, à Jakarta, les manifestations devant le Parlement se sont soldées par plus de 300 interpellations.
En Inde, le redécoupage de la carte électorale voulu par le gouvernement de Narendra Modi inquiète les États du Sud. Au Bengale-Occidental, des millions de noms ont été rayés des listes électorales avant la victoire historique du BJP au printemps. Et entre la Thaïlande et le Cambodge, la frontière reste fermée depuis juin 2025, malgré le cessez-le-feu.
Frontières, ressources, électeurs : dans toute la région, les populations semblent devenues un enjeu de pouvoir à part entière. Contrôle des États ou résistance des peuples, qui est en train de l’emporter ?
Invités :
Coline Laroche, analyste au sein du programme Asie-Pacifique de l’Iris, spécialiste de l’Indonésie, codirectrice du dossier « Pouvoirs en Asie-Pacifique » de La revue internationale et stratégique (n° 142, été 2026)
Christine Cabasset, docteure en géographie, associée à l’Institut de recherche sur l’Asie du Sud-Est contemporaine (Irasec) et au programme Asie-Pacifique de l’Iris
Guillaume Delacroix, journaliste, collaborateur de l’Observatoire géopolitique de l’Indo-Pacifique de l’Iris, coauteur de Dans la tête de Narendra Modi (Actes Sud, 2024) - Le 12 octobre, la Marine nationale a arraisonné au large de La Réunion un pétrolier de la flotte fantôme russe. Trois jours plus tôt, Donald Trump levait les sanctions sur le gazole russe. Deux décisions qui en disent long sur la place qu’occupe aujourd’hui l’énergie dans les rapports de force mondiaux.
Le DF Peak naviguait sous un faux pavillon béninois. Jusqu’en 2024, il s’appelait le Kaliningrad. Comme des centaines d’autres vieux tankers, il permet à Moscou de continuer à vendre son pétrole malgré les sanctions européennes.
Mais au même moment, Washington prenait le chemin inverse. Face à des prix du diesel au plus haut à quelques semaines des élections de mi-mandat, l’administration Trump a autorisé jusqu’en avril 2027 l’achat de gazole russe. En échange, Kiev est priée de cesser ses frappes sur les raffineries russes.
L’Europe arraisonne, l’Amérique achète. Et pendant ce temps, la mer Noire reste une zone de guerre, où des cargos sont frappés au large de la Bulgarie. Le blé, lui aussi, est devenu un instrument de puissance.
Pour comprendre ce grand marchandage, Géopolitique s’appuie sur le rapport CyclOpe, référence sur les marchés des matières premières, qui publie cette année sa quarantième édition. Une aventure née en 1983 d’une chronique hebdomadaire sur l’antenne de RFI.
Invités :
Philippe Chalmin, professeur émérite d’histoire économique à l’université Paris-Dauphine-PSL, fondateur et directeur du rapport CyclOpe
François Luguenot, ingénieur agronome, directeur de FL Consultant, auteur du chapitre céréales de CyclOpe
À lire aussiFlotte fantôme : la France ouvre une enquête sur le pétrolier DF Peak après son arraisonnement - Trump reçu à Pékin en mai, Xi et Poutine qui affichent leur entente fin août au sommet de Bichkek, un possible sommet à trois en novembre à Shenzhen, plus aucun traité qui limite les arsenaux nucléaires américain et russe, Ormuz et Bab el-Mandeb quasiment fermés. Washington, Pékin et Moscou se disputent le monde sans se faire la guerre directement. Dans cette partie à trois, la France est-elle encore un joueur ou déjà un terrain de jeu ?
Avec
- le vice-amiral Pascal Ausseur, directeur général de la FMES, ancien préfet maritime de la Manche et de la mer du Nord ;
- Céline Bayou, chercheuse à l'INALCO, spécialiste de la Russie et des pays baltes ;
- Valérie Niquet, maître de recherche à la Fondation pour la recherche stratégique, spécialiste de la Chine et de l'Asie.
Émission enregistrée à Toulon, en marge des Rencontres stratégiques de la Méditerranée organisées par la FMES.
Acerca de Géopolitique
Géopolitique parcourt les grandes régions du monde auxquelles sont associés des enjeux majeurs. Marie-France Chatin invite au débat chercheurs et experts, afin que soient expliqués et mis en lumière les différents mécanismes qui régissent les rapports entre les sociétés et leur environnement. Les invités de Géopolitique confrontent leurs regards sur un sujet d’actualité internationale. Une émission présentée par Marie-France Chatin. Réalisation et technique : Mathias Golshani. Avec la collaboration de Cécile Lavolot. *** Diffusions le samedi et le dimanche à 17h10 TU vers toutes cibles.
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