Cette séance du 19/01/2026 est organisée dans le cadre du séminaire Sciences sociales et psychanalyse. Approches comparées.
Intervenante : Houria Abdelouahed, Professeur à l'Université Sorbonne Paris Nord, psychanalyste et traductrice.
https://www.desfemmes.fr/essai/face-a-la-destruction/
Autant les ouvrages de la littérature arabe conservent soigneusement les poèmes où l'homme donne libre cours à son fantasme, voire à son libertinage ou à son blasphème, autant les femmes ont été massivement livrées à l'œuvre de l'effacement. La censure semble s'abattre avec une grande régularité lorsque des femmes entendent parler librement de leur corps et de leur désir. Les controverses dans la littérature contemporaine sont nombreuses sur ce thème, ce qui signale une évolution de la place des récits portés par les autrices. La valorisation de figures mythiques, de la Reine de Saba à Elyssa, fondatrice de Carthage, ouvre, par exemple, de nouvelles perspectives.
Avant ces bouleversements, comme ailleurs, des femmes rebelles ont bien existé dans le monde arabe, confrontées à une norme islamique prégnante. Mais des pans de leur histoire furent effacés, ou déformés, lorsqu'ils n'ont pas été déformés. Plus ces femmes s’affirmaient libres, plus les historiens dominants, sous le poids du politico-théologique, s’acharnaient à effacer leurs traces.
L'histoire officielle et le sens commun, en s'appuyant sur les commentaires des hagiographes, ont largement fabriqué un récit conforme à une politique du pouvoir, voire du surpouvoir (si l'on fait nôtre cette expression de Foucault) et à un discours de domination dans un monde hiérarchisé recevant ses lois du ciel. Il a institué une suréminence masculine, fondant le politique sacré, qui s'oppose quasi systématiquement au travail de pensée, le renvoyant à une forme de blasphème. Les textes des hagiographes sont ainsi devenus le texte de la pensée politique et constituent le terreau conceptuel qui a longtemps permis l'exclusion des femmes des dispositifs qui permettent une autonomie, une émancipation ou une parole sur son désir, son corps ou sa chair.
Responsables scientifiques : François Bafoil, Sciences Po-CERI/CNRS (UMR 7050) et Paul Zawadzki, Groupe Sociétés, Religions, Laïcités (GSRL/UMR 8582).