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RFI - Invité Afrique

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  • Alseny Sall: «Ce procès est à la fois un espoir pour les victimes et un défi pour l'État guinéen»
    Depuis deux mois, ils sont onze accusés qui comparaissent au tribunal de Conakry pour le massacre, le 28 septembre 2009, de 157 personnes et le viol de plus de 100 femmes. Beaucoup sont dans le déni et ne se souviennent de rien. Mais un homme parle : c'est Toumba Diakité, qui était l'aide de camp du président guinéen Dadis Camara. Saura-t-on, grâce à lui, qui a donné l'ordre de cette tuerie ? Alseny Sall est le porte-parole de l'Organisation guinéenne des droits de l'homme (OGDH). En ligne de Conakry, il répond aux questions de Christophe Boisbouvier.   RFI: Plusieurs des onze accusés sont déjà passés à l'interrogatoire et notamment Toumba Diakité, l'ancien aide de camp de Dadis Camara, est-ce que son audition a permis d'avancer dans la connaissance de la vérité ? Alseny Sall: En tout cas, il fait partie de ceux qui ont fait des déclarations très fracassantes, qui ont donné des informations très claires, très précises, et le fait aussi pour lui de citer d'autres personnes qui seraient impliquées de près ou de loin dans la perpétration de ces évènements, pour nous aussi c'est une bonne chose. Donc il a donné de la matière au tribunal, par contre nous déplorons que certains accusés versent dans la négation, et refusent vraiment de donner toute la part de vérité dans cette affaire. Et peut-être, pensez-vous à l'ex-ministre Claude Pivi, à l'ex-ministre Thiégboro Camara et au neveu de l'ex-président Dadis Camara, à savoir Marcel Guilavogui ? Tout à fait, mais aussi le ministre de la Santé à l'époque des faits, le colonel Abdoulaye Chérif Diaby, donc évidemment nous avons constaté quand même qu'ils allaient dans une négation systématique des faits. Mais dans tout ça, ce qui est intéressant, c'est que nous constatons qu'il y a de l'incohérence aujourd'hui au niveau de la défense, les accusés commencent à s'accuser mutuellement entre eux, donc pour nous, ce sont quand même des bonnes choses pour comprendre davantage ce qui s'est passé. Alors les contradictions que vous soulevez, n'est-ce pas justement grâce au fait que Toumba Diakité, l'ancien aide de camp, a rompu le pacte de silence entre les accusés ? Tout à fait, et le fait qu'aujourd'hui on commence aussi à arrêter d'autres personnes qui seraient impliquées de près ou de loin par rapport à ces évènements. Tout ça pour nous contribuera à la manifestation de la vérité dans cette affaire. Donc il y a beaucoup d'acteurs qui sont impliqués, qui sont encore en liberté. Et quand vous dites que certains se contredisent par rapport à leur première déclaration, à qui pensez-vous en particulier ? Mais si vous constatez par exemple, il y a un avocat qui s'est déporté la semaine dernière, le vendredi, pour la défense du colonel Claude Pivi et du capitaine Marcel Guilavogui, tout simplement parce que ces deux accusés avaient des versions différentes des évènements. Oui, ces deux accusés sont dans le déni ? Exactement, ils sont dans le déni, mais aussi aujourd'hui ils ont une ligne de défense contradictoire. Alors l'accusé Toumba Diakité a tendance à charger les autres accusés, ça c'est la grande surprise de ce début de procès, mais en revanche il a tendance à s'exonérer de toute responsabilité et à dire au contraire que c'est lui qui a sauvé les dirigeants de l'opposition qui étaient à l'intérieur du stade, est-ce que tout cela n'est pas trop beau pour être vrai ? Justement, raison de plus, vraiment, de prendre du recul par rapport aux déclarations des uns et des autres. Donc il y a aussi les victimes qui viendront plus tard pour témoigner ce qu'elles ont vécu et vu au stade, afin qu'elles obtiennent justice dans cette affaire. Alors c'est vrai qu'on attend aussi le témoignage des victimes, et notamment des dirigeants de l'opposition qui étaient à l'intérieur du stade, on pense par exemple à Cellou Dalein Diallo et à Sidya Touré, le problème c'est que ces deux grandes personnalités sont à l'étranger et qu'elles ont peur de rentrer au pays et de se retrouver en prison sous le régime actuel. Tout à fait, comme vous savez, les victimes sont nombreuses, elles sont plus de 400 constituées pour confondre les accusés qui sont à la barre pour témoigner. Mais est-ce que vous souhaitez que, s'ils ne peuvent pas rentrer à Conakry, Cellou et Sidya puissent témoigner par un système vidéo ? Ça serait bien, parce que pour nous tout ce qui pourrait concourir à la manifestation de la vérité est nécessaire dans ce procès. Dans le box des accusés, il y a l'ancien président Dadis Camara, qui n'a pas encore été interrogé, qu'est-ce que vous attendez de son interrogatoire ? Ecoutez, monsieur Camara a été le président de la République, donc commandant en chef des forces armées, il y a des accusés qui l'accusent déjà, qui le chargent dans leurs déclarations, donc on attend pour qu'il vienne donner sa part de vérité par rapport à ce qui s'est passé. Mais s'il s'enferme dans le déni, comme Claude Pivi, comme Marcel Guilavogui, comme Thiégboro Camara, est-ce que la Cour ne risque pas de manquer de preuves et d'indices matériels, 13 ans après les faits, pour pouvoir le confondre ? Mais écoutez, on n'a pas encore commencé à discuter les pièces de la procédure, je vous apprends que la phase des pièces de la procédure viendra avec des vidéos à l'appui, donc tout ça, ça viendra. Donc c'est un procès qui va prendre bien sûr du temps. Notre souhait, c'est qu'il vienne faire ses déclarations, donner sa version des faits, mais s'il s'inscrit dans la négation, je pense que le tribunal aussi en tirera toutes les conséquences.
    12/1/2022
    7:32
  • George Philippe Ezalay: «Un attentat terroriste à Grand-Bassam était inimaginable»
    En Côte d'Ivoire, c'est aujourd'hui que doit s'ouvrir le procès de l'attentat terroriste de Grand-Bassam, perpétré le 13 mars 2016. Ce jour-là, trois hommes armés ont ouvert le feu sur la plage de cette station balnéaire, située à une cinquantaine de kilomètres d'Abidjan. Le bilan est lourd : dix-neuf personnes sont tuées (neuf Ivoiriens, quatre Français, un Libanais, une Allemande, une Macédonienne, une Malienne, une Nigériane et une personne non identifiée) alors que trente-trois autres sont blessées. Georges Philippe Ezalay était à l'époque le maire de Grand-Bassam. Joint par RFI, il nous raconte cette journée d'horreur telle qu'il l'a vécue. RFI: D'abord, dans quelles circonstances avez-vous pris connaissance de cette attaque terroriste de Grand-Bassam ? Georges Philippe Ezalay: J'étais en fonction ce dimanche, on avait une personnalité importante avec une délégation qui était en visite en Côte d'Ivoire donc j'ai dû, en tant que maire, demander à quelques adjoints et conseillers que l'on se retrouve à la mairie pour recevoir cette délégation. On a donc présenté la ville avec tous ses atouts, tous les projets que nous mettions en place et on devait ensuite avoir un déjeuner à ma résidence qui n'est pas loin de la mairie. Donc on s'est rendu à mon domicile en attendant un autre groupe qui était allé faire un peu de tourisme, une belle journée, et puis on a entendu ces bruits d'armes... Au départ, on a cru que c'était juste un anniversaire, des feux d'artifice ou un braquage. Et après ça devenait sérieux. En tant que premier magistrat de la ville, je suis sorti, parce que je ne suis pas loin de là.  Je suis sorti avec les hommes de mon support qui étaient avec moi et on s'est rendu compte que tout le monde fuyait : "Monsieur le maire, ça tire partout, on est en train de tuer tout le monde sur la plage", c'était vraiment la panique. Et le temps de mettre mes hôtes en lieu sûr, il a fallu donc que j'aille aux informations, voir un peu ce qu'il se passait puis on s'est rendu compte que c'était sérieux.  Au moment où vous prenez conscience de la gravité des évènements, que vous dites-vous ? Vous savez, c'est tout qui passe dans ma tête, ce n'est pas possible, on est tellement loin de s'imaginer qu'il pourrait y avoir une attaque terroriste en Côte d'Ivoire et en plus à Grand-Bassam, c'était inimaginable ce qui s'est passé. Et tout de suite, il faut organiser ce qu'on peut organiser, il fallait aller à l'hôpital, voir un peu les blessés, il y avait des morts, c'était indescriptible. Tout a été très vite vous savez, c'était effroyable ce qui s'est passé, parce que tirer sur des personnes innocentes qui étaient venues pour vivre, pour prendre plaisir au bord de la mer, la plage, c'est ça Bassam. C'est du tourisme. Et puis voir la vie enlevée comme ça pour rien du tout... Après, il a fallu organiser tout le reste, on a eu une grande rencontre au stade avec des milliers de personnes, avec le gouvernement, le président de la République lui-même et son épouse sont venus délivrer des messages pour rassurer les populations. Et on a même eu l'occasion, c'était historique aussi, d'avoir un conseil des ministres exceptionnel qui a été organisé à Bassam. L'attentat a fait l'objet d'un point et à cette occasion, le gouvernement avait décidé de mettre un fonds à la disposition de tous les opérateurs économiques, parce que c'est clair que Bassam a été impacté pendant des jours, voire des mois, par cette situation. Justement, six ans après, vous diriez que la ville de Grand-Bassam porte encore les stigmates de cet attentat ? Ou la vie normale a repris son cours ? Je pense honnêtement que ce qui fait un des points forts de cette ville, c'est que c'est une ville qui est ouverte sur la vie, parce qu'il y a le soleil, les plages, l'eau, des contacts... Parce que vous savez, Bassam a été la première capitale de la Côte d'Ivoire, c'est une ville qui a des contacts donc dans les six mois les choses sont rentrées dans l'ordre. Et les Bassamois ont été résilients par rapport à cette question, c'est vrai qu'une fois par an il y a ce mémorial qu'on a érigé à la descente du pont de la victoire où on a indiqué les noms de toutes ces victimes, donc une fois par an, on vient pour se souvenir de ce qui s'est passé. Mais au-delà, je pense que la vie a repris le dessus sur cette barbarie, sur la mort qui a été semée ce jour-là.  Selon vous, que peut-on attendre du procès qui s'ouvre ce mercredi ? Il faut espérer que ceux qui ont été à la base de cette tragédie reconnaissent qu'ils ont fait du tort à des familles entières, ont brisé des vies, et que ça ne peut pas rester impuni.
    11/30/2022
    4:16
  • Sommet de l'Union africaine au Niger : «Des avancées pour la mise en place de la Zlecaf»
    Niamey a accueilli la semaine dernière un double sommet de l'Union africaine (UA) consacré à l'industrialisation du continent, mais aussi à la zone de libre échange continentale africaine (Zlecaf). L'occasion de faire le point sur les progrès réalisés dans ce projet d'intégration économique continentale, qu'il s'agisse de la liste des produits qui pourront circuler librement, ou de ce qu'on appelle les règles d'origine. Entretien avec Alkache Alhada, le ministre du Commerce nigérien. RFI: La Zlecaf, la zone de libre-échange continentale existe depuis près de deux ans, quel est l'état des lieux que vous avez fait lors du sommet de Niamey ? D'abord, le sommet s'est penché sur le nombre d'États qui ont signé et ratifié les textes fondateurs de la Zlecaf. Vous savez, sur les 55 États, il n'y en a qu'un seul qui n'a pas signé, l'Érythrée. 44 ont ratifié, donc il y a encore une dizaine de pays qui n'ont pas ratifié, et évidemment le sommet a appelé les États qui n'ont pas encore ratifié ou signé à le faire. Le sommet s'est également penché sur un certain nombre d'avancées. Pour la mise en place de la Zlecaf, chaque pays va dresser la liste des produits pour lesquels il est prêt à lever les barrières afin que ces produits circulent librement. Déjà, la plupart des États membres ont fait leur "offre d'accès au marché" sur le commerce des marchandises et le commerce des services. Je crois qu'il y a déjà à peu près 90% pour ce qui concerne les listes de constitution tarifaire. Je crois que c'est assez encourageant. Et il y a une autre règle également, ce sont les règles d'origine. On va dire qu'elles sont aussi en cours de finalisation. Environ 88% des règles d'origine ont déjà été conclues, il y a évidemment des questions qui sont en suspens sur le secteur de l'automobile, le secteur du textile et puis les produits de base. Pourquoi est-ce que l'opérationnalisation de cette zone de libre-échange continentale est aussi longue ? Cela fait deux ans que la Zlecaf a été créée, pourquoi est-ce qu'il faut autant de temps pour mettre en place tous ces protocoles ? Écoutez, il y a quand même des enjeux, c'est normal quelque part que ce soit lent, mais il y a des progrès notables qui sont réalisés. Pour certains produits, il y a eu une expérience récente qui a regroupé huit pays. Ces pays ont déjà commencé à échanger entre eux un certain nombre de produits, ça concerne essentiellement le café, le cacao, le thé. C'est pour vous dire que ce projet n'est pas une vue de l'esprit, ça devient de plus en plus une réalité. Le sommet qui vient de se tenir propose de faire avancer ensemble l'industrialisation de l'Afrique et le commerce inter-africain, quel est l'intérêt d'associer les deux démarches ensemble ? Pour que le commerce soit florissant au niveau inter-africain, il faut déjà produire des biens et des services. Sans industrialisation, on n'aura pas beaucoup de biens qui vont circuler au niveau des États, et donc le lien parait tout à fait évident. On a entendu certaines voix lors de ce sommet réclamer un autre modèle d'industrialisation de l'Afrique. Et le président Bazoum a été choisi par ses pairs pour donner une impulsion à la réflexion continentale sur ce sujet. Quel est le modèle d'industrialisation que le Niger compte porter dans cette réflexion ? Lors de son discours, le président Mohamed Bazoum a indiqué la nécessité pour l'Afrique d'aller rapidement vers cette industrialisation, en mettant l'accent sur l'agro-industrie. Il trouvait totalement absurde que nous importions du lait, que nous importions de la viande alors que nous-mêmes nous avons, pour ce qui concerne par exemple le Niger, un cheptel très appréciable qui est estimé entre 50 et 70 millions de têtes de bétail. En Afrique, avec ces terres cultivables, avec ces potentiels au niveau de l'irrigation, au niveau climatique, nous avons la possibilité de développer des industries agro-alimentaires. Nous pouvons être complètement indépendants et même exporter des produits agricoles pour le reste du monde. ► À lire aussi : Sommet de l'Union africaine: pour l'industrialisation de l'Afrique, «il faut repenser les modèles»
    11/29/2022
    4:03
  • Côte d’Ivoire: un roman pour ne pas oublier les effets des catastrophes écologiques
    Comment panser les plaies après un drame écologique de grande ampleur ? Le dernier roman de la philosophe ivoirienne Tanella Boni, « Sans parole ni poignée de main », nous replonge dans le scandale du déversement de quelques 540.000 litres de déchets toxiques autour d’Abidjan en août 2006. Tanela Boni décrit les conséquences sanitaires (maladies graves, problèmes respiratoires…) tout en brossant le portrait d’une société marquée par de nombreux problèmes. Tanella Boni est notre invitée.    RFI : La catastrophe écologique liée au déversement de déchets toxiques a eu lieu en 2006 et là, nous sommes en 2022, qu’est-ce qui vous, vous a poussé à revenir sur ce thème-là dans votre roman ? Tanella Boni : J’estime que c’est une catastrophe qui a ébranlé beaucoup, beaucoup de gens, beaucoup de familles. J’ai voulu écrire un roman à partir de cette catastrophe pour éviter qu’on oublie encore une fois. Il faut en parler, pour que justement il puisse y avoir une… on parle de réconciliation mais surtout politique, mais il faut pouvoir se réconcilier avec soi-même. Dans votre livre, vous décrivez Abidjan comme une ville cosmopolite, vivante, qu’est-ce qui a changé, à vos yeux, suite à l’arrivée de ce que vous décrivez comme étant « le bateau bleu » ? Disons qu’au moment où le bateau bleu arrive, la Côte d’Ivoire était déjà ébranlée par beaucoup de choses, beaucoup de coups de feu, des familles séparées pour des raisons politiques, entre autres, le Nord coupé du Sud, parce qu’il y avait déjà eu la rébellion. Donc le pays n’était pas vraiment en paix à ce moment-là. Et, à une catastrophe politique et militaire, s’est ajoutée une catastrophe écologique ; je dirais un traumatisme de plus, donc, en fait, ce qui a changé, c’est ça. Ce roman, c’est pour dire : attention, on n’est pas si bien que ça. Dans votre roman, vous décrivez concrètement les nuisances causées par ce déversement ; vous parlez de cette odeur nauséabonde qui touche Abidjan, vous parlez aussi des conséquences sanitaires sur la santé de vos personnages. Est-ce qu’aujourd’hui, ces conséquences-là sont toujours palpables ? Le problème, c’est ça ! On a l’impression que tout a disparu, mais la question est de savoir si réellement tout a disparu. Et il faudrait que les scientifiques nous aident aussi sur cette question-là. Mais j’ai l’impression que c’est ce qui ne se fait pas. En fait, c’est une inquiétude aussi que j’exprime dans ce roman. Faisons attention : nous parlons de réconciliation, mais pour nous réconcilier réellement, est-ce qu’on a passé en revue tout ce qui justement nous bloque sur ce chemin de la réconciliation ? Ça ne doit pas seulement être des paroles. On doit être bien, moi je dirais, dans notre peau et dans notre tête. La question précise, en fait, que je pose : est-ce que les Ivoiriens sont si entiers que cela ? Est-ce qu’ils ne sont pas découpés en morceaux ? Est-ce qu’ils ne sont pas en miette, en train de colmater des trous un peu partout avec des discours ? Allons donc au fond des choses. On sent donc une forte amertume, une sorte même de lassitude dans votre roman. Vous dites d’ailleurs que le bonheur de vivre ensemble a disparu. Quels sont les signaux, pour vous, qui sont évocateurs de ce problème-là ? Est-ce que les familles sont si heureuses que ça ? Dans le roman, il y a des passages, d’ailleurs de beaucoup de pages, en italique : c’est aussi pour exprimer cela. Et quelque part, je dis que pour être heureux, il faut d’abord que les individus se réconcilient entre eux. Ce n’est pas une histoire de politique d’abord, c’est une question de pouvoir parler à son voisin, raconter des histoires, je dirais comme avant 1999. Vous savez bien que quand on essaie de voir la question du point de vue historique, il y a eu un moment où il y a eu comme une cassure. La première cassure, dans ce pays, je veux dire après les indépendances, la première cassure il me semble que c’est 1999, parce qu’à Noël 1999, quelque chose nous est arrivé, et cette chose-là on ne s’y attendait pas. Et puis trois ans après, boum ! Autre chose nous arrive, le pays séparé en deux, avec une frontière interne. Est-ce qu’on a mesuré toutes ces conséquences-là ? Vous voyez, c’est à tous les niveaux : entre les individus, entre les groupes, entre les partis politiques, entre les religions. Pour moi, c’est ça, on se réconcilie à tous les niveaux, et il me semble que c’est peut-être cela qui ne s’est pas encore fait. Pour en revenir au drame écologique qui s’est produit, est-ce qu’on en a tiré les leçons quatorze ans plus tard ? J’ai l’impression que non. Regardons autour de nous : dans tous les quartiers d’Abidjan, y compris les quartiers qui seraient très très propres, le plastique est partout. Tous ces déchets-là, ce sont les déchets ménagers. Je ne suis pas en train de parler ici de déchets toxiques, je parle de ce que nous-mêmes nous produisons, et j’ai l’impression qu’à ce niveau-là, nous ne sommes pas encore assez sensibilisés. J’ai l’impression que la conscience des gestes écologiques n’est pas encore tout à fait une réalité en Côte d’Ivoire. Je crois qu’il nous manque réellement à tous et à toutes cette conscience écologique et je crois que c’est l’affaire de chacun et de chacune, pas seulement l’affaire d’un gouvernement.
    11/28/2022
    5:14
  • «Aka Zidane»: le regard décalé de Mickaël Zumstein sur le foot et la vie quotidienne
    « Aka Zidane », c’est le titre du dernier livre de Michaël Zumstein. Alors que s’ouvre une Coupe du monde très décriée au Qatar, le photo-reporter indépendant propose un regard décalé sur notre rapport au football. Depuis près de trois décennies, ce journaliste parcourt le continent africain : conflit en RCA, crise au Mali, au Niger ou encore en Côte d’Ivoire. La genèse de cet ouvrage est particulière : en reportage à Bangui, le journaliste est attiré par le maillot de foot porté par un combattant. Une réflexion s’ouvre, une quête débute, Michaël Zumstein va plonger dans ses archives, retourner sur le terrain et chercher ce lien entre le foot et la vie quotidienne sur le contient.  RFI: Vous sortez un livre de photos qui s’appelle Aka Zidane, pourquoi ce titre ? Michaël Zumstein: AKA c’est l’acronyme en anglais de « also known as » Zidane, (aussi connu sous le nom de Zidane). Ce livre est né un petit peu par hasard. J ’étais en Centrafrique en 2014, je couvrais le conflit qui était naissant là-bas, j’ai fait une image qui a fait un petit peu le tour du monde et la une des journaux et, sur cette image, il y a un groupe d’anti-balaka dont un des membres, au milieu, porte un magnifique maillot rouge, un maillot rouge de l’équipe d’Espagne. Je me suis alors interrogé en me disant: « Mais qu’est-ce que c’est que ce maillot de foot au milieu de la guerre ? ». Dans son dos, il y avait le nom de l’attaquant espagnol Fernando Torres. À partir de là, je me suis dit: « Tiens, il se passe quelque chose dans certains pays d’Afrique où, maintenant, on ne fait plus la guerre en treillis et en bottes, on la fait avec un maillot de foot et des tongs ». Cette image de cet homme avec le maillot rouge de l’équipe d’Espagne percute et je vais chercher, dans mes archives photos, d’autres images. Je m’aperçois alors que j’ai beaucoup de photographies avec justement ces jeunes Africains et ces jeunes Africaines qui portent un maillot de foot dans tous les types de situation, pas seulement pendant la guerre en Centrafrique, mais aussi au Mali, en Côte d’Ivoire sur un chantier, au Niger dans un marché et je commence à créer une sorte d’équipe de foot imaginaire avec tous les noms de ces footballeurs connus. Je les collectionne, je les additionne et, à la fin même, je les cherche. Après coup, dans votre réflexion, est-ce qu’il y a un lien qui se crée, une idée qui se tisse entre le monde de la guerre, le monde de l’argent et le monde du football aussi ? Alors, en tant que photojournaliste, on a l’habitude d’être extrêmement précis dans nos légendes. On doit évidemment répondre à quelques questions qui sont: où, quand, comment, pourquoi ? Et j’ai remarqué que quand je mettais le nom d’un joueur de foot à la place du vrai nom de la personne qui était photographiée, l’impact et l’émotion que ça pouvait créer étaient différents. Et à ce moment-là, évidemment, le mélange se fait, la confusion se fait mais elle nous permet aussi de sortir du contexte parfois guerrier que les gens ne veulent plus voir. Là, je m’aperçois que c’est une façon de raconter une histoire qui est bien plus proche de nos émotions et je me mets à nommer les gens que je photographie par leur nom de footballeur. C’est ça que je recherchais : faire un pas de côté du photojournalisme classique et arriver vers une narration un peu plus documentaire et un peu plus personnalisée. Est-ce qu’on peut prendre quelques légendes qui justement expliquent ce que vous venez de raconter ? Donc la première photographie, c’est ce combattant anti-balaka, sur une route au nord de la Centrafrique. J’aurais pu en effet légender avec le vrai nom de la personne mais là, la légende est beaucoup plus simple et elle nous parle directement: « On est dans le village de Njoh en Centrafrique et Fernando Torres, l’attaquant espagnol, me fait face. C’est un rebelle anti-balaka. Lui et d’autres hommes tentent de reprendre un axe routier important dans le nord du pays. » Ça, c’est le début de ma réflexion sur les maillots de foot et c’est là que je vais aller chercher ensuite d’autres images, et j’en refais quelque temps après. Par exemple, je suis à l’hôpital de Bangui, on voit un homme qui porte un magnifique maillot jaune, le maillot jaune du Brésil que tout le monde reconnaîtra, avec les étoiles de vainqueurs de la Coupe du monde, mais autour de son cou, on perçoit comme un collier de sang. En fait, cet homme, que j’appelle Ronaldinho, vient d’apporter à l’hôpital général son ami qui vient de mourir à la suite d’une embuscade, qui vient de mourir dans ses bras. Et je continue comme ça cette litanie pour la guerre, mais je peux aussi tout à fait tomber sur une double-page du livre où je vois Zidane qui est sur une charrette tirée par un bœuf, dans un village du Niger, et qui rentre de son champ. Et en fait cet homme, il est tout seul, il a un champ beaucoup trop petit pour nourrir sa famille, et ses frères et sœurs sont partis en Algérie pour mendier. Voilà ce qui est écrit : « Il faut compter combien de cousins, de sœurs et de frères qui ont quitté la famille de Zidane, pour aller mendier en Algérie ou pour rejoindre la Libye ? » Évidemment, cette photo s’inscrit avec d’autres images de plusieurs reportages que j’avais faits au Niger, et dans ces reportages on peut y trouver Messi, Lampard, Ronaldo qui sont tous présents, et même Wayne Rooney qui est une femme agricultrice qui revient de son champ, après avoir travaillé toute la journée. Au final, vous avez fait une sorte de Seleção, comme disent les Brésiliens (de sélection). Combien de photos avez-vous gardées pour ce livre ? C’est en effet une sorte d’équipe de foot imaginaire que j’ai créée. Il n’y a pas forcément tous les postes de l’équipe. J’ai une cinquantaine d’images pour ce livre et en tout, je pense que j’en ai réalisées autour de 500. C’est devenu à un moment une quête ? Oui, c’est devenu une quête, on peut dire que c’est même devenu une obsession. On est vraiment dans une série documentaire, une série de photographies qui me permet d’exprimer un point de vue et de donner à voir autrement. Peut-être aussi, de donner à voir que d’autres matchs se jouent là-bas. Quels conseils, s’il y en a, pourriez-vous donner à de jeunes photoreporters africains ? C’est absolument nécessaire qu’il y ait des photojournalistes et des journalistes africains qui racontent l’histoire de leur pays, de leur propre continent. J’ai fait beaucoup pour former de jeunes journalistes. Évidemment qu’aujourd’hui, nos images sont noyées dans une masse, la masse des photographies faites avec des téléphones portables, mais je crois que si l’on commence d’abord par avoir une déontologie, à savoir légender et raconter des histoires le plus honnêtement possible, ensuite, évidemment, on peut se permettre de raconter un petit peu différemment d’autres histoires, une façon de voir son pays de façon un peu plus personnelle. C’est comme ça qu’on aura un portrait, j’espère, le plus complet. ►« Aka Zidane » le livre de Mickaël Zumstein est publié par les éditions « Images plurielles ».
    11/27/2022
    5:35

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