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  • Invité Afrique - Patrick Atohoun (Emmaüs): le néolibéralisme «détruit nos sociétés et accentue la pauvreté»
    #OurVoicesMatter, « nos voix comptent » c’est le mot d’ordre sur lequel la branche internationale de l’organisation Emmaüs fait campagne jusqu’à la fin du mois de novembre. Dans un rapport mondial, l’ONG fondée par l’abbé Pierre dénonce l’accentuation des inégalités et propose des solutions concrètes pour améliorer la situation des plus pauvres. Le Béninois Patrick Atohoun, président d’Emmaüs International, est notre invité. RFI : Quel constat faites-vous, à Emmaüs international, sur l’évolution des situations de pauvreté en Afrique pendant la pandémie de Covid-19 ? Patrick Atohoun : La Covid-19 est venue aggraver des situations qui existent. Dans les associations Emmaüs nous n’avions jamais fait de distributions alimentaires. Aujourd’hui, les gens n’arrivent même pas à manger. Je suis responsable d’un groupe Emmaüs, au Bénin, et ce que nous vivons dans notre groupe c’est que, le matin, vous avez dix, quinze, vingt personnes qui viennent, qui vous disent : « Aidez-moi à payer une facture, aidez-moi pour l’hôpital, j’ai des ordonnances, aidez-moi… », alors qu’on n’avait pas ça ! Et ça, nos amis du Togo nous le disent, nos amis du Congo, n’en parlons pas… Dans les neuf groupes Emmaüs, en Afrique, ce sont les mêmes situations, les gens viennent taper à notre porte pour dire : « Aidez-nous à vivre ». Et malheureusement, dans nos pays on n’a pas l’aide de l’État. On n’a rien reçu au niveau de l’État, pour ces populations vulnérables, ce qui fait que la situation s’est vraiment dégradée. La Covid-19 est un des éléments d’explication de cette situation, mais ce que vous décrivez dans votre rapport, ce sont des causes plus profondes, plus structurelles, de cette pauvreté. Quelles sont-elles, ces causes ? Les décideurs sont souvent aveugles à la misère des peuples. Dans nos différents pays, ce qui importe à nos gouvernements, c’est de pouvoir faire du profit. C’est quelque chose qui n’est pas en adéquation avec ce que veut la population. On ne prend pas en compte les préoccupations des populations. Mais quels sont les intérêts qui sont mis en avant ? C’est l’intérêt qui est lié peut-être à nos décideurs politiques, c’est l’intérêt de quelques-uns et ce n’est pas souvent en adéquation avec ce que la population veut. Je pense que c’est quelque chose qui est déplorable et il faut lutter contre. Dans votre rapport, vous pointez trois causes structurelles de la pauvreté : l’absence ou le désengagement de l’État, un droit affaibli et asymétrique et puis une propension à privatiser les biens communs et les services publics. Au total, c’est le modèle néolibéral que vous critiquez… Le néolibéralisme ne fait que détruire le fondement même de nos pays. Parce que, faire du profit, faire du profit… C’est peut-être bien, mais c’est certains seulement qui accaparent cette richesse, ce qui fait que la population pauvre, qui vit dans cette situation, n’en sort presque jamais. Vous nous expliquez également, dans ce rapport, que l’injustice sociale se double d’un net recul des principes démocratiques… Cela, c’est quelque chose que nous déplorons. Si nous, en Afrique, on change les constitutions et on essaie de modifier des choses… Excusez-moi, c’est le sport le plus adoré ! Et je pense que, quelle que soit la situation où on ne respecte pas les engagements que l’on a eus vis-à-vis du peuple, c’est le fiasco. Vous décrivez donc une pauvreté de plus en plus forte, un recul démocratique. Comment est-ce que l’on peut sortir de cette situation, selon vous ? Tant que vous ne prenez pas en compte les aspirations, les besoins de la population à la base, il y a un échec. Écoutons ces personnes-là, qui sont dans des situations difficiles et faisons quelque chose ! Nous, nous remontons toujours à notre fondateur l’abbé Pierre, qui a lancé, en 1954, cet appel par rapport à la crise du logement. Aujourd’hui, face à la crise de la précarité, nous demandons à toutes ces associations -à toutes ces personnes- de nous rejoindre, pour que nous puissions faire du bruit, pour que nous puissions aller vers ces pouvoirs politiques, pour leur dire : « Il y a une solution, venez avec nous et on pourra en discuter ». Est-ce que vous pourriez nous donner des exemples concrets de projets par lesquels vous avez essayé, à Emmaüs, de faire avancer cette vision des choses ? L’un des projets que nous avons, c’est le projet Nokoué. Donc sur le lac Nokoué, au Bénin… Oui, c’est une population -100 000 personnes- qui vivent sur l’eau. Cela fait douze ans qu’on est là. Ce qui est remarquable, dans ce projet, c’est que, ce sont des besoins de la population que nous avons identifiés, que nous avons travaillés avec ces populations-là. Aujourd’hui, ces populations boivent l’eau potable, ces populations aussi, ont accès à des latrines… Parce que, ce ne sont pas les autorités de la mairie qui nous ont dit : « Il faut installer des bornes fontaines ici ». Ce sont les habitants, par rapport à leur vécu qui nous disent : « Il faut faire ci, il faut faire ça ». Il y a aussi un autre projet qui a été fait, c’est la mutuelle santé, qui se fait au Bénin, au Burkina et dans les pays asiatiques. C’est de permettre à ces populations qui n’ont pas accès à la santé, de pouvoir bénéficier des soins primaires et c’est quelque chose qui est primordial dans nos pays. Il y a aussi l’éducation. Nous disons à Emmaüs : « Oui, aller à l’école, c’est bon, mais ces populations qui n’ont pas eu cette chance-là, comment développer des outils pour que ces populations puissent s’épanouir ? » Donc sur une formation continue ? Continue… On n’a pas besoin de parler le français, avant de pouvoir se prendre en charge pour développer vraiment des activités. Voilà autant d’actions qui ont été menées. Nous pensons que, si elles sont menées à une grande échelle, cela pourra peut-être alléger la souffrance des populations.
    10/22/2021
    4:55
  • Invité Afrique - Libye: «Le HCR n’est pas en mesure d’évacuer tous les réfugiés à risque» selon J.P Cavalieri
    Les Nations unies et les organisations de défense des droits de l’homme tirent systématiquement la sonnette d’alarme sur le traitement des migrants qui sont renvoyés de force dans des centres de détention en Libye où ils sont la cible de violences et de mauvais traitements. Le HCR, l’Agence des Nations unies pour les réfugiés, est vivement préoccupé par la sécurité des réfugiés et des demandeurs d’asile en Libye. Selon cette institution, 560 000 migrants sont aujourd’hui en Libye et seule une partie cherche à rejoindre l’Europe. État des lieux avec Jean-Paul Cavalieri, le chef de la mission HCR en Libye. RFI : Le gouvernement libyen, en place depuis mars dernier, ne semble pas avoir amélioré la situation des migrants, comme il s’est engagé à le faire. Est-ce le constat que vous faites également ? Jean-Paul Cavalieri : Effectivement, ce que l’on constate c’est que, évidemment, c’est un gouvernement qui a une durée de vie limitée dans le temps, puisque les élections devraient avoir lieu le 24 décembre, et c’est un gouvernement, par définition, de transition. Sa priorité c’est ce processus politique et le processus militaire. Et on voit, c’est clair, que le volet humanitaire est un peu dépriorisé, on fait beaucoup d’efforts pour maintenir cela sur l’agenda du gouvernement... Je dois dire que l’aspect migration dans ce volet humanitaire, qui est un des dossiers humanitaires, effectivement remonte sur le dessus de la pile, du fait de sa dimension politique. Cela nous permet d’essayer d’en parler avec les autorités. Mais vous savez, la question migratoire en Libye, ça commence avant la Méditerranée et ça commence aussi dans les pays d’origine. Les migrant, ce ne sont pas des gens qui tombent du ciel, ce n’est pas une fatalité, les réfugiés qui arrivent en Libye. Ce sont des gens qui sont chassés de chez eux par des conflits non réglés ou par des systèmes de dictature, qui violent les droits de l’homme de façon massive, ou bien aussi, de par une prévarication, une confiscation des richesses. Et donc pour la Communauté internationale, il est important aussi d’agir en amont, pour aider avec les questions de développement, mais aussi de promotion des droits de l’homme dans ces pays d’origine. Début octobre, près de 5 000 migrants qui n’avaient pas pris la mer, ont été arrêtés et détenus lors d’un raid. C’est sans précédent en Libye. Vous avez raison de dire que c’est une opération sans précédent. Parce que dans les centres de détention, avant ces raids massifs du 1er octobre, c’était essentiellement des gens qui avaient été interceptés en mer, en tentant de quitter la Libye et c’est à ce moment-là que les gens arrivent en détention. Ce ne sont pas des gens qui sont arrêtés sur le territoire même. Et c’est ce raid qui nous a pris tous, en quelque sorte, par surprise. Mais c’est aussi expliqué par le fait de l’absence de statut légal pour ces gens et du fait de la grande présence de groupes armés, groupes criminels, qui menacent en premier lieu les Libyens, mais aussi les étrangers et les migrants et à fortiori parce qu’ils sont plus vulnérables. Et d’ailleurs, plusieurs centaines sont venus s’installer parmi ces migrants qui ont été retenus récemment devant le centre du HCR à Tripoli, pour demander protection et d’être évacués. Que pouvez-vous faire pour eux ? Tout à fait. Pour ce contexte-là, ce sont des gens, d’abord, qui ont tout perdu. Ils ont perdu leur logement qui a été détruit, perdu tous leurs maigres biens… Il y avait quelques centaines de personnes, au début des raids, mais leur nombre n’a pas cessé d’augmenter jusqu’au 8 octobre. Ils sont devenus plusieurs milliers de personnes. C’était après l’évasion de 2 000 personnes du centre de détention d’al-Mabani. Certains sont rentrés dans le centre en disant : « On ne sort pas, on a trop peur. On veut que vous nous réinstalliez à l’étranger ». Donc on n’a pas pu les garder dans ces bureaux, parce que c’est illégal et ce n’est pas fait pour cela, malheureusement. On a eu des blessés devant les bureaux que l’on a dû évacuer en ambulance à travers les divers hôpitaux…Et maintenant, à l’heure actuelle, nous avons entre 2 et 3 000 personnes, avec quelques centaines qui passent la nuit devant le centre du HCR, que nous gérons avec nos partenaires. Concrètement, comment aidez-vous les migrants toujours rassemblés devant votre bureau ? Les premiers jours, ce que nous avons fait, c’est ce que nous faisons lorsque des gens s’échappent des réseaux criminels, de trafics d’êtres humains, notamment à Bani Walid. Lorsqu’ils arrivent complètement démunis, on donne ce que l’on appelle de l’argent d’urgence, ce qui permet aux gens de manger et de se loger. Et évidemment, dans le centre on a aussi d’autres soins d’assistance humanitaire, notamment les soins médicaux, à travers nos partenaires. Nous avons aussi des colis alimentaires pour les gens qui viennent de sortir de détention. Et puis des biens essentiels : couvertures, matelas, kits hygiéniques, etc. Mais malheureusement, le HCR n’est pas en mesure de réinstaller ou d’évacuer tous les réfugiés, même ces réfugiés des raids. Pour quelles raisons ? Parce que tous ces vols humanitaires du HCR ont été interrompus par les autorités libyennes, d’abord en avril et ensuite en mai, pour des raisons diverses qui nous ont empêchés de continuer ce programme d’évacuation, qui est aussi dans l’intérêt des autorités libyennes et que le gouvernement par ailleurs soutient, en principe. Parce qu’il permet d’évacuer de Libye les réfugiés les plus à risques, les plus vulnérables et aussi les migrants, par le programme de nos cousins de l’OIM, de retour volontaire dans les pays d’origine. Mais ces places de réinstallation que nous octroient les États membres sont très peu nombreux. C’est ce qui nous contraint à faire des choix, prendre les gens qui sont les plus à risques, les plus vulnérables. Ce sont souvent les femmes, les femmes chef de foyer, les enfants non accompagnés ou les gens qui ont vécu des tortures et des traitements inhumains dans les centres de trafic de criminels. Et donc, en tout état de cause, le HCR n’a pas la possibilité, à l’heure actuelle, la possibilité d’évacuer tout le monde même lorsque nous l’espérons. Et même lorsque ce programme reprendra en Libye, cette solution de retour dans les pays d’origine ne bénéficie qu’à moins de 1% des réfugiés de par le monde.
    10/21/2021
    4:55
  • Invité Afrique - Moncef Djaziri: la division des institutions rend «la stabilité précaire» en Libye
    C'est un événement dont tout le monde se souvient... Il y a dix ans, jour pour jour, le colonel Kadhafi était lynché et tué par ses opposants armés, après 42 ans d'une dictature implacable. Où en est la Libye aujourd'hui ? Le clan Kadhafi peut-il revenir au pouvoir à l'occasion de la présidentielle prévue le 24 décembre prochain ? Le professeur Moncef Djaziri, qui enseigne à l’Institut d’études politiques internationales de Lausanne, en Suisse, est notre invité. RFI : Qui va gouverner la Libye après la présidentielle prévue en décembre ? Il y a un certain nombre de favoris, on parle notamment du Premier ministre actuel de Tripoli, Abdel Hamid Dbeibah… Moncef Djaziri : D’abord, on peut se poser la question vraiment, sincèrement, si l’échéance du 24 décembre prochain est une échéance réaliste. Vous savez, la loi électorale n’a pas été publiée encore de manière officielle, on ne sait pas les conditions dans lesquelles vont se dérouler ces élections, les candidats ne sont pas annoncés pour l’élection présidentielle, les listes des candidats pour les élections parlementaires ne sont pas connues… Donc, il y a des doutes concernant le déroulement de ces élections. Maintenant, concernant les chances du Premier ministre Dbeibah, d’abord vous savez qu’il s’était engagé à assurer la période de transition et en aucune manière à se présenter aux élections. Et d’autre part, il est très mal vu. Vous savez qu’il n’a plus de soutien au niveau du Parlement à Benghazi depuis déjà plusieurs semaines et donc, à mon avis, il a très peu de chances d’être élu. Autre candidat potentiel dans l’Ouest de la Libye, l’ancien ministre de l’Intérieur, Fathi Bachagha. On dit que c’est l’homme fort à Tripoli et d’ailleurs à Misrata. C’est surtout à Misrata. Vous savez, il est originaire de Misrata et donc il a, bien sûr, un soutien dans cette ville. Il a également le soutien d’une manière plus large des islamistes, surtout dans la partie Ouest, en Tripolitaine. Mais franchement, il aura très peu de soutien à l’Est, compte tenu de ses engagements passés et compte tenu de sa proximité avec les islamistes. Et dans la mesure où l’influence des tribus, à l’Est, est importante et leur capacité de mobilisation également, je pense que ses chances sont quand même très réduites, en tout cas pour ce qui concerne l’élection présidentielle. Du côté de l’Est, est-ce que le maréchal Khalifa Haftar pourra se présenter et si oui, a-t-il des chances ? D’abord, est-ce qu’il pourra se présenter ? La clause qui interdirait la candidature à un double national – vous savez qu’en l’occurrence Haftar a les nationalités américaine et libyenne – cette clause a disparu. Et donc, il pourrait, de ce point de vue, tout à fait légalement se présenter. Vous savez par ailleurs qu’il est maintenant en disponibilité, c’est-à-dire qu’il a cédé sa place de commandant en chef à un deuxième personnage important de l’armée, à l’Est, et donc il n’est formellement plus à la tête de l’armée libyenne, à l’Est. Et il se montre en civil… Et il se montre également en civil… Maintenant, l’objection principale, c’est que les islamistes ont porté plainte contre lui aux États-Unis pour crime de guerre, crime contre l’humanité. Le Premier ministre pousse la ministre libyenne des Affaires étrangères à déposer formellement une plainte contre lui. Donc la candidature de Haftar est incertaine, mais s’il pouvait se présenter, alors il aurait beaucoup de chances du côté de l’Est et au Sud du pays. À l’Ouest, c’est plus incertain. Donc dans la mesure où les tribus auraient une force de mobilisation importante, c’est peut-être celui qui aurait le plus de chances, en réalité, avec les incertitudes en Tripolitaine et les capacités de résistance des islamistes, qui sont fermement opposés à Haftar. Et toujours à l’Est du pays, quelles seraient les chances du président du Parlement de Tobrouk, Aguilla Saleh ? C’est difficile à dire, parce qu’en fait, c’est un personnage assez controversé, très habile quand même, très manœuvrier… Mais à mon avis, objectivement, il n’a pas énormément de chances. Dix ans après la mort du colonel Kadhafi, est-ce qu’un membre du clan Kadhafi pourrait revenir sur la scène politique ? Il y a des possibilités, pour Saïf al-Islam Kadhafi, de revenir sur la scène politique, mais avec beaucoup de réserves. C’est-à-dire qu’il y a quand même le veto des États-Unis, peut-être aussi de la France, de la Grande-Bretagne, il y a toujours la Cour pénale internationale, qui cherche à le juger… Donc c’est une situation un peu confuse, mais il y a quand même, pour Saïf al-Islam Kadhafi, un soutien de la part d’une grande partie des tribus libyennes – je pense que c’est un fait – et de la part d’une partie de la jeunesse. S’il se présentait à ces élections, il aurait quand même de fortes chances, dans la mesure où on ne peut pas exclure non plus une alliance entre lui et le maréchal Haftar, ça ce n’est pas impossible. Mais il y a le veto américain, il y a la Cour pénale internationale et les islamistes aussi, qui n’en veulent pas, en réalité. Et les milices libyennes dans tout cela ? Eh bien ces milices, une grande partie reste encore armée et constitue une menace, même encore aujourd’hui. Cela, c’est vraiment une des difficultés, parce qu’à supposer que les élections puissent avoir lieu, élections – comme vous savez – que les islamistes ne veulent pas organiser, on peut supposer qu’ils n’accepteraient pas les résultats et, dans cette perspective-là, les milices proches des islamistes pourraient reprendre leurs activités, en tout cas en Tripolitaine. ►À lire aussi : En Libye, une élection présidentielle aussi attendue que crainte
    10/20/2021
    7:15
  • Invité Afrique - Habiba Touré, cheffe de cabinet de Gbagbo: «Pour Gbagbo, il est important de préparer la relève»
    « Mon ambition c'est de partir » déclarait solennellement Laurent Gbagbo à ses partisans lors du congrès qui a vu la naissance de son parti, le PPA-CI. Dans le même temps l'ancien président ivoirien assurait qu'il ferait de la politique jusqu'à sa mort. Il a d'ailleurs été élu par acclamation ce week-end président de ce Parti des Peuples Africains - Côte d'Ivoire. Un parti qu'il veut socialiste, souverainiste, mais aussi et surtout panafricaniste. Pour décrypter ce discours très attendu, invitée de RFI ce matin, Me Habiba Touré, cheffe de cabinet de Laurent Gbagbo. Elle répond aux question de Pierre Pinto. RFI : Lorsque Laurent Gbagbo dit « Je ferai de la politique jusqu’à ma mort », mais qu’un peu plus tard il déclare : « Mon ambition c’est de partir », que faut-il comprendre exactement ? Habiba Touré : Il faut comprendre qu’il n’entendait pas céder aux injonctions présentées parfois sous forme de conseils des uns et des autres, lui demandant de se retirer de la vie politique et même au chantage qui a été fait, notamment à l’occasion de son retour. Donc c’était un message très fort qu’il entendait formuler. C’est que c’est un homme politique, c’est un homme qui a toujours fait de la politique et il entend en faire jusqu’à sa mort. C’est ce qu’il a toujours indiqué. Maintenant, quand il dit -il parlait, entendons-nous bien, dans le cadre du parti- que son ambition est de partir, c’est-à-dire que, pour lui, il était important aussi de préparer la relève, de préparer de nouvelles générations et de les voir fonctionner aussi au sein de l’appareil du parti. Donc il s’agit, non pas d’abandonner qui que ce soit et en premier lieu ses militants, mais de préparer dès maintenant la relève des nouvelles générations à l’exercice du pouvoir au sein, déjà, de l’appareil et pour la suite, bien évidemment. Est-ce que cela veut dire qu’il prépare une autre personnalité pour se présenter au nom du parti en 2025 ? Ce n’est pas ce qu’il a indiqué. Ce qu’il a indiqué, c’est qu’il était important, au sein du parti, de préparer tous ces jeunes cadres du parti à l’exercice du pouvoir au sein de l’appareil du parti et aussi de raviver, de dynamiser le parti. C’était cela son ambition. Il ne s’agissait pas de 2025, 2025 est encore loin. Donc Laurent Gbagbo n’exclut pas de se présenter à la présidentielle de 2025 ? Quand vous écoutez son discours, 2025 n’était pas abordé, ni dans un sens ni dans l’autre. Je vois bien que vous essayez d’interpréter, mais il n’y a pas de message subliminal dans son discours. C’était dans le cadre du congrès constitutif, il s’agissait de s’adresser aux militants et de s’adresser à tous ses militants et à tous ses sympathisants. Lors du discours de Laurent Gbagbo de dimanche, il a été longuement question aussi du panafricanisme, qui est en quelque sorte l’un des trois piliers idéologiques sur lesquels repose avec le PPA-CI, avec le socialisme et le souverainisme. Mais de quel panafricanisme Laurent Gbagbo parlait-il ? Est-ce qu’il souhaite relancer le vieux projet d’États-Unis d’Afrique ? Je pense qu’il a été très clair. Nos États africains sont de tous petits États qui ne permettent pas, finalement, de constituer un réel pouvoir africain dans l’intérêt des peuples africains. Et c’est l’ambition du PPA-CI finalement. C’est-à-dire, d’essayer de créer des liens politiques, une unité politique, une union politique, l’union des peuples africains aussi, afin que leur voix puisse peser demain. Donc c’est de ce panafricanisme-là qu’il parlait. C’est à dire, globalement, que tous les États africains puissent s’unir. Comme ce que l’on a pu voir, il a donné l’exemple des États-Unis, mais il y a également donné l’exemple de l’Union européenne -de l’Europe- qui constitue une force qui permet finalement de défendre les intérêts européens, face aux autres puissances. C’est la même chose qu’il veut pour les Africains. Lors du congrès, en plus de la présence de partis amis ou alliés, on a noté la présence très remarquée du RHDP en la personne de son directeur exécutif Adama Bictogo. Quel était le message ? Il s’agissait, pour le président Laurent Gbagbo, de montrer que faire de la politique ce n’est pas faire la guerre. Et quand on fait de la politique, nous ne sommes pas des ennemis. On peut avoir des divergences, on peut être de bords radicalement opposés, mais on doit pouvoir parler. On doit pouvoir s’asseoir et discuter. L’invitation du RHDP s’inscrivait dans la lignée de ce qui a toujours été le président Laurent Gbagbo : s’asseoir et discuter avec tous, sans exclusion. C’est pour cela qu’il avait demandé à ce que le RHDP puisse être présent à cette cérémonie. Vous avez expliqué tout à l’heure que Laurent Gbagbo souhaitait préparer une nouvelle génération pour lui succéder. Néanmoins, il a balayé d’un revers de la main le débat sur la limite d’âge, en disant : « Il y a des gens plus âgés que moi qui font de la politique ». Est-ce qu’il n’y a pas une contradiction ? Il n’y a aucune contradiction. Ce qui choquait le président Laurent Gbagbo c’est que l’on puisse considérer qu’à un certain âge on doit arrêter de faire de la politique. Parce que cela, finalement, ce n’est pas un argument. La politique n’est pas une question d’âge, c’est une question de conviction, c’est une question aussi de proposition politique que vous pouvez faire au peuple, mais ce n’est certainement pas une question d’âge. Il a donné lui-même un certain nombre d’exemples. N’oubliez pas que Nelson Mandela, quand il a pris le pouvoir il avait 76 ans. En France, Clémenceau a permis à la France de gagner la Première Guerre mondiale en 1918. Il avait quel âge ? Pratiquement 77 ans. Donc ce n’est pas une question d’âge. Ce qu’il dit, c’est une question d’état d’esprit et de respect des textes. Quel que soit l’âge que l’on peut avoir, si on ne respecte pas les textes, on sera confronté aux mêmes problèmes. Et quel que soit l’âge que l’on va avoir, qu’on ait 30 ans, 70 ou 80 ans, si l’on respecte les textes, vous allez voir que les guerres, tous les conflits qu’il a pu y avoir dans les pays africains vont disparaître. On aura d’autres problèmes que l’on reconnaît dans un certain nombre de pays et d’autres États démocratiques, mais en tout cas, tous les conflits qui amènent le peuple à sortir n’existeront plus. L’important c’est le respect des textes, quel que soit l’âge.
    10/19/2021
    6:48
  • Invité Afrique - Claudine Vidal: «Jusqu'à présent, en France, les universitaires n'avaient pas traité les crimes de masse du FPR»
    Comment enquêter sur les violences extrêmes ? Comment secourir leurs victimes et juger leurs responsables ? Ces trois questions traversent un ouvrage collectif intitulé « Violences extrêmes. Enquêter, secourir, Juger », qui vient d’être publié par la Maison des sciences de l’homme. Le livre revient sur ce qui s’est notamment passé au Rwanda. Pour en parler, Laurent Correau est en ligne avec l'universitaire Claudine Vidal, l’une des coordonnatrices de ce travail. RFI : Dans cet ouvrage que vous codirigez, on voit se dérouler trois moments des « Violences extrêmes » : le temps de l’enquête, le temps des secours et celui du jugement des auteurs d’exaction. Vous avez donc fait travailler ensemble des humanitaires et des chercheurs… Claudine Vidal : C’est exact. Et l’un des intérêts de ce que nous avons fait, c’est cette association -qui est ancienne d’ailleurs pour nous-. Les humanitaires sont vraiment sur le temps de la crise, le temps le plus chaud où sont rarement les chercheurs qui interviennent plutôt après. La première partie de cet ouvrage, c’est l’enquête. Quels sont les problèmes que vous pointez dans la capacité qu’ont chercheurs et humanitaires à enquêter sur des crimes de masse ? La partie « enquêter » est entièrement centrée sur le Rwanda, sur ce qui s’est passé au Rwanda il y a plus de 25 ans maintenant. Plusieurs chercheurs sont intervenus pour dire ce que nous savons maintenant ou ce que nous ne savons pas à la lumière de pratiquement 20 années d’enquête et de très nombreuses publications. En 1998, était parue une énorme publication d’observateurs des droits de l’homme qui s’appelait « Aucun témoin ne doit survivre ». Une enquête de la FIDH [Fédération internationale pour les droits humains] et de Human Rights Watch. Beaucoup de ce qu’elle décrivait est toujours valable, excepté un point noir qui reste, celui des violences de masse commises contre les populations civiles hutues. Cette partie du livre revient aussi sur les enquêtes de terrain qui se sont centrées sur les micro politiques du génocide. Ces recherches très fines menées sur de petits secteurs ont pu montrer comment les paysans hutus se sont fait entraîner dans cette mécanique de tuerie. Enfin, il y a un article d’un très bon spécialiste du Rwanda, très connu, qui s’appelle Scott Straus. Il se demande quelles sont les limites apportées à l’ensemble des enquêtes sur les violences au Rwanda par le fait qu’on n’a pas pu évoquer les crimes de masse commis par le FPR [Front patriotique rwandais, actuellement au pouvoir] entre 1990 et 1994, et après. Dans ce chapitre, Scott Straus réaffirme bien la spécificité du génocide des Tutsis. Il réfute la thèse du double génocide, mais pour autant il estime qu’« Il faut produire une histoire complète incluant les autres violences de masse commises au Rwanda »… C’est exact. Or, jusqu’à maintenant, du moins en France, sur le plan universitaire, cette partie de l’enquête n’a pas été traitée. On comprend pourquoi : le FPR au pouvoir ne l’a guère favorisée. Jusqu’à maintenant, les personnes qui ont tenté d’en parler ou qui ont tenté d’enquêter sur ce point ont soit été expulsées du Rwanda, soit n’ont aucun moyen de travailler. Néanmoins, il faut poser la question et montrer en quoi ne pas pouvoir travailler sur ce point apporte un obstacle très grave à la connaissance des violences qui se sont produites au Rwanda et dans la région. Est-ce que la recherche sur les crimes commis par le FPR avant 1994, pendant le génocide des Tutsis et ensuite dans les forêts congolaises n’a pas été rendue impossible par le débat autour du double génocide et par les agendas de certains acteurs politiques sur ce sujet ? Je ne le pense pas. Je pense que l’interdit mis par le FPR sur ces recherches, qui conduit à traiter de négationniste quiconque pense en faire, suffit largement. Le débat sur le double génocide me paraît un débat entre idéologues, mais absolument pas entre chercheurs, à de très rares exceptions près. Il y a donc toute une partie de votre ouvrage qui est consacrée à la description des crimes de masse, une autre qui est consacrée au jugement de ces crimes et de ceux qui les ont commis. Il est parfois difficile de juger ceux qui font partie d’une mécanique génocidaire, comme l’explique André Guichaoua dans un autre chapitre de l’ouvrage. Qu’est-ce qui explique ces difficultés ? En ce qui concerne le cas du Rwanda, de nombreux responsables du génocide ont fui le pays. Ils se sont trouvés répandus sur la terre entière. Si bien que les recherches et mises en accusation de ces suspects sont extrêmement difficiles. Il y a eu le jugement fait par le tribunal international du TPIR [Tribunal pénal international pour le Rwanda], mais il a jugé 57 individus, ce qui est effectivement peu de choses si on pense aux milliers de suspects possibles. Ils sont cachés, ils sont protégés. C’est la première fois en fait qu’un travail de recensement de ces jugements a été fait et publié. Dans cette région des Grands Lacs, secourir ou soigner peut aussi être difficile. L’un de vos chapitres porte sur les difficultés des personnels humanitaires dans le Nord-Kivu en RDC, et notamment les difficultés des personnels locaux… Oui. Parce que les personnels locaux sont en fait aussi une cible pour les différents guerriers qui sévissent au Kivu. Ils ont des relations à la fois avec MSF [Médecins sans frontières] et à la fois avec ces personnages dangereux, dans la mesure où pour MSF, ils sont des informateurs, et pour ces personnages, ils sont des traîtres. Si bien que leur vie n’est pas toujours aisée.
    10/18/2021
    4:50

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