Il y a un an, le 19 mars 2025, un séisme politique secouait la Turquie. Le maire d’Istanbul, la plus grande ville du pays, et principal opposant du président Erdogan, était arrêté pour des allégations de corruption, puis incarcéré quatre jours plus tard. Sa détention a déclenché une vague de manifestations massives et une mobilisation inédite dans les rangs de son parti, le CHP, qui dénonce un complot visant à saboter la candidature d’Ekrem Imamoglu à la prochaine présidentielle. Depuis un an, la branche jeunesse du parti est particulièrement mobilisée derrière lui et ne perd pas espoir.
Ankara, siège du CHP, Parti républicain du peuple. Özgür Özel, son dirigeant, tient une conférence de presse consacrée à ce qu’il appelle « le gang judiciaire » derrière l’arrestation d’Ekrem Imamoglu et son procès pour « corruption ». Cela fait un an que le maire d’Istanbul, le principal rival de Recep Tayyip Erdogan, est derrière les barreaux.
Au fond de la salle, téléphone à la main, Dogukan Koçoglu retranscrit l’événement sur les réseaux sociaux. Sur sa veste de costume bleue, il porte un drapeau rouge orné de six flèches blanches, le symbole du CHP. Il a 23 ans. Il se souvient très bien du 19 mars 2025, le matin de l’arrestation d’Ekrem Imamoglu. « Je ne me suis jamais senti aussi désespéré… J’ai pensé que tout était fini, que ce pays n’avait plus d’avenir », dit-il.
Du désespoir à la mobilisation
Un an plus tard, ce membre de la branche jeunesse du CHP n’est plus dans le même état d’esprit. Il parle avec excitation des manifestations massives qui ont suivi l’arrestation, puis des rassemblements hebdomadaires du CHP dans tout le pays, jusqu’au 99e, cette semaine, devant la mairie d’Istanbul. « Je sens qu’on est beaucoup plus forts qu’il y a un an. Le CHP, Ekrem Imamoglu, moi, les autres militants… Parce qu’on a quand même traversé des épreuves inimaginables ! Le pouvoir a fait emprisonner une quinzaine de nos maires. Il a même essayé de mettre le parti sous tutelle, mais il a échoué. Au CHP, on est conscients qu’on est à l’aube d’une renaissance, mais que l’accouchement se fait dans la douleur. On attend avec impatience les élections, le jour où ce pouvoir devra rendre des comptes ».
« Si on ne fait rien maintenant, demain il ne restera rien à défendre »
Cette élection présidentielle aura lieu au plus tard en mai 2028. Mais la candidature d’Ekrem Imamoglu semble plus que compromise. Non seulement il est en prison et accablé par les procès, mais son diplôme universitaire a été annulé la veille de son arrestation au prétexte d’irrégularités, ce qui l’empêche légalement de briguer la fonction suprême. Pourtant, le CHP refuse d’envisager un autre candidat. Okan Apan, rapporteur pour la jeunesse au sein du QG de campagne d’Ekrem Imamoglu, l’explique avec un proverbe turc. « C’est l’histoire du loup qui s’approche du troupeau et dit : "Je ne veux que le bœuf roux, après je vous laisse tranquille". Mais bien sûr, le loup ne cesse de revenir, d’exiger toujours plus… À la fin, il n’y a plus de troupeau. Si on laisse tomber Imamoglu, tout autre candidat sérieux se trouvera empêché à son tour. Ce serait jeter le CHP dans une impasse ». Ce militant signale aussi que les rangs de la branche jeunesse du CHP n’ont fait que croître depuis un an, malgré la répression. « Chez beaucoup de jeunes, il y a ce sentiment très fort que si on ne prend pas de risque maintenant, si on ne fait rien maintenant, demain il ne restera rien à défendre ».
D’ici aux élections, le CHP a l’intention de continuer à manifester, mais aussi d’être plus présent sur le terrain, auprès des électeurs. Et notamment auprès des jeunes.
À lire aussiTurquie: Ekrem Imamoglu, l'ancien maire d'Istanbul et rival d'Erdogan, face à ses juges