« Il était déjà difficile d’obtenir un visa pour les États-Unis, c’est devenu mission impossible pour les habitants de 26 pays africains, constate Le Point Afrique. En ce mois de janvier, l’administration américaine a annoncé un gel partiel ou total des visas pour plusieurs nations africaines, provoquant une onde de choc à travers le continent. Cette mesure, qui frappe les ressortissants de pays comme le Nigeria, le Ghana, l’Égypte, et d’autres nations à fort potentiel économique, est justifiée par Washington par des préoccupations de sécurité nationale et de migration illégale. Elle soulève surtout, souligne Le Point Afrique, des questions sur l’évolution de la politique migratoire des États-Unis et reflète la xénophobie non voilée du président Donald Trump qui se voulait faiseur de paix. (…) “Ce qu’il faut comprendre, c’est que cette décision s’attaque aux personnes noires et arabes. Les étudiants, réfugiés et touristes blancs sont toujours les bienvenus“, explique toujours dans Le Point Afrique un chercheur américain spécialiste des questions africaines, donnant pour exemple les familles sud-africaines accueillies à bras ouverts car victimes, “selon Trump, d’un génocide perpétré par les Noirs, poursuit ce chercheur. L’objectif de notre président est d’enlever tous les privilèges des ressortissants des pays en voie de développement. Il a commencé par supprimer 83 % des programmes de l’USAID, aujourd’hui le regroupement familial des Américains d’origine africaine, demain la souveraineté des États ; il a déjà commencé au Venezuela“. »
L’Agoa reconduit pour un an au lieu de trois
Exclusion des personnes, mais aussi exclusion économique : « États-Unis – Afrique : douche froide pour l’Agoa à Washington », titre Jeune Afrique. L’Agoa, c’est ce « régime de tarifs préférentiels instauré par Bill Clinton il y a 25 ans », rappelle le site panafricain. Un « programme qui visait à privilégier une relation fondée sur “le commerce plutôt que sur l’assistance“ et qui promettait croissance économique, diversification et autonomie pour le continent ». Pour résumer, « l’Agoa offre un accès facilité au marché américain pour les produits africains ».
Alors que le Congrès américain avait décidé le 12 janvier de renouveler l’Agoa pour trois ans, « Donald Trump a fait déchanter tout le monde, relève Jeune Afrique : l’accord sera finalement reconduit pour un an seulement. » Conséquence : « Les entreprises prenant leurs décisions d’investissement en fonction de projections portant sur des mois voire des années, l’incertitude qui plane sur l’avenir du programme a déjà coûté (et va sans doute encore coûter) des milliers d’emplois dans de nombreux secteurs dépendants des exportations vers l’Afrique. »
Et puis il y a le cas de l’Afrique du Sud, pointe encore Jeune Afrique : « Le pays le plus industrialisé du continent est depuis longtemps un utilisateur et un bénéficiaire majeur de l’Agoa, mais il reste dans le collimateur de la Maison Blanche et des principaux élus républicains du Congrès en raison de ses liens étroits avec la Russie et la Chine, de son plaidoyer en faveur des droits des Palestiniens, de sa condamnation des actions américaines au Venezuela et de ses efforts de réforme agraire visant à desserrer l’emprise des fermiers afrikaners blancs sur les terres arables, héritée de l’époque de l’apartheid. »
Bombardements
Il y a aussi l’interventionnisme assumé des États-Unis sur le continent. Après le Nigeria, « les États-Unis accélèrent leur offensive contre les jihadistes en Somalie, pointe Le Monde Afrique, avec 23 bombardements aériens en moins d’un mois. (…) “Au cours de l’année écoulée, nous sommes devenus beaucoup plus agressifs et travaillons avec nos partenaires pour attaquer, de manière cinétique, les menaces, principalement [le groupe terroriste] l’État islamique“, avait récemment expliqué le général John Brennan, d’Africom (le Commandement des États-Unis pour l’Afrique), en marge de discussions sécuritaires entre les États-Unis et le Nigeria. »
Enfin, aux États-Unis même, « Donald Trump relance sa campagne antimigrants en s’attaquant à la communauté somalienne du Minnesota, relève Afrik.com, et plus particulièrement à Ilhan Omar, députée démocrate d’origine somalienne, accusée de fraude et menacée d’expulsion par le président. (…) Début décembre, rappelle le site panafricain, Donald Trump avait qualifié les Somaliens de “déchets“ venus d’un “pays de merde“. » Et « Ilhan Omar, fervente critique de Trump, est régulièrement insultée par l’ancien président, qui l’avait déjà sommée en 2020 de “retourner dans son pays“. »